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Le Bolchévik nº 218

Décembre 2016

Etats-Unis : Les Démocrates ont pavé la voie à Trump

Il faut un parti ouvrier révolutionnaire multiracial !

Cet article est traduit de Workers Vanguard (n° 1100, 18 novembre), le journal de la Spartacist League/U.S., section américaine de la Ligue communiste internationale.

* * *

La victoire de Donald Trump rappelle l’antique malédiction, apparemment d’origine chinoise, « Puissiez-vous vivre en des temps intéressants » – avec un sinistre sous-entendu : ce seront des temps de souffrance et de désastre. Qui peut dire ce que fera au juste Trump, ce démagogue, magnat de l’immobilier, capable de tout du moment qu’il en profite ? Ses promesses vont se traduire par la misère et la terreur en particulier pour les immigrés sans papiers et les musulmans, mais ceux-ci seront loin d’être les seuls à souffrir. Depuis son élection, on assiste à une multiplication des cas de harcèlement et d’intimidation visant des Latino-Américains, des femmes musulmanes, des Noirs et des homosexuels, ainsi que des graffitis proclamant « Rendons l’Amérique blanche à nouveau ».

En même temps, des manifestations racialement intégrées rassemblant des milliers de jeunes se multiplient dans plusieurs villes du pays sous le mot d’ordre #NotMyPresident [il n’est pas mon président]. Elles se heurtent à la répression et aux arrestations de masse. Libération de tous les manifestants arrêtés ! Levée de toutes les inculpations !

L’élection de Trump est une mauvaise nouvelle. Mais l’élection de Hillary Clinton, une femme de toute évidence prête à déclencher la Troisième Guerre mondiale, n’aurait pas été une bonne nouvelle. N’avalons pas le mensonge que l’alternative serait de rénover le Parti démocrate, un parti capitaliste ! Cela signifierait que la classe ouvrière et tous ceux qui, dans cette société, sont relégués au bas de l’échelle resteraient piégés dans le système totalement truqué de la démocratie capitaliste américaine, qui est la dictature de la bourgeoisie.

L’élection a abondamment montré qu’il y a une grande colère contre les élites de Washington ; mais cette colère ne s’exprime pas en termes de classes. Il est grand temps de mobiliser un peu de haine de classe authentique contre les politiciens républicains et démocrates, quels que soient leur race ou leur sexe, et contre les capitalistes qu’ils servent. La faculté de résister aux déprédations du capitalisme se trouve entre les mains des hommes et des femmes – noirs, blancs et immigrés – dont le travail fait tourner la machine de la production et crée la richesse des capitalistes. Il faut un parti ouvrier révolutionnaire multiracial reprenant à son compte la lutte pour la libération des Noirs, pour les pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés, pour les droits des femmes et pour la libération de tous les opprimés dans un combat pour une Amérique socialiste.

Les républicains trouvent leur plaisir à cogner sur les syndicats, les Noirs, les immigrés et les pauvres ; mais les démocrates mentent et font la même chose. Cette fois-ci, cependant, Hillary Clinton n’a même pas pris la peine de faire semblant de donner un os à ronger aux travailleurs. Les démocrates pensaient qu’ils n’avaient pas à le faire étant donné qu’ils avaient Trump comme adversaire. Après avoir envoyé balader les partisans de Bernie Sanders – suite à quoi ce soi-disant leader d’une « révolution politique contre la classe des milliardaires » a fait campagne pour la candidate préférée de Wall Street –, Clinton s’est évertuée à obtenir l’appui de généraux, d’espions, de néoconservateurs et autres agents de l’impérialisme américain. Et, « en faucon » qu’elle est sans conteste, elle a eu un grand succès dans ce domaine.

Malgré cela, Trump a conquis la Maison Blanche et les républicains ont conservé leur majorité dans les deux chambres du Congrès. S’empressant de retourner leur veste, les républicains qui avaient feint de s’offusquer du racisme et du sexisme revendiqués de Trump se rallient aujourd’hui derrière leur président élu. Tout comme il n’a pas fallu longtemps aux copains de Clinton à Wall Street pour changer de musique eux aussi : moins de 48 heures après la victoire de Trump, le Dow Jones battait des records de hausse.

Clinton a eu la majorité des voix mais Trump a obtenu la majorité dans le collège électoral, une institution créée par les « pères fondateurs » afin de donner davantage de pouvoir aux Etats esclavagistes. Clinton n’a pas contesté la victoire de Trump. Toutes les ailes de la bourgeoisie sont unies pour assurer une « transmission pacifique du pouvoir » afin de maintenir le mythe que c’est « le peuple » qui choisit ses dirigeants. Comme le déclarait Obama le lendemain des élections, « nous faisons en fait partie d’une même équipe ». Très juste.

Les « super-prédateurs » et les « déplorables » de Clinton

Les milieux de la gauche démocrate et les médias bourgeois arrogants, qui ont temporairement perdu un peu de leur assurance, pleurent aujourd’hui la défaite de la candidate derrière laquelle ils s’étaient ralliés ; ils accusent les travailleurs et les déshérités blancs qui ne partagent pas ce qu’ils appellent « nos valeurs » d’être responsables de la victoire de Trump. Il est clair que Trump a fait un carton parmi les intégristes chrétiens, dans les ex-Etats confédérés du Sud et dans les zones rurales. Mais il a également gagné beaucoup de voix dans la classe ouvrière des anciennes régions industrielles de la « ceinture de la rouille » du Middle-West. Comme beaucoup de ces électeurs faisaient partie de la base électorale qui avait permis à Obama de remporter la victoire dans ces mêmes Etats en 2008 et en 2012, il est difficile de prétendre qu’il s’agit cette fois-ci simplement d’une révolte de « déplorables » racistes blancs. En fait, les démocrates et leurs laquais dans la bureaucratie syndicale ont pavé la voie à la victoire de Trump.

Obama est l’archétype même du « démocrate de Wall Street ». Dès sa prise de fonction au lendemain de la crise financière de 2008, il s’était employé à sauver la mise aux banquiers d’affaire et aux gestionnaires de fonds spéculatifs qui étaient responsables d’avoir précipité tant de gens dans la misère. Cette fois, les démocrates ont répliqué au slogan de Trump « Rendons l’Amérique grande à nouveau » en proclamant que « l’Amérique est grande ». Pas étonnant que cela n’ait eu aucun écho chez les ouvriers, dont le syndicat, l’emploi, le salaire et les conditions d’existence ont été dévastés.

Trump a obtenu le soutien de beaucoup de ces ouvriers en promettant de « sauver les emplois américains » et en menaçant la Chine d’une guerre commerciale et le Mexique d’une amplification du pillage impérialiste. Même s’il est plus ouvertement teinté de racisme contre les immigrés et les travailleurs étrangers, ce discours fait simplement écho au poison protectionniste colporté par la bureaucratie de la fédération syndicale AFL-CIO. Depuis très longtemps, les chefs syndicaux subordonnent les intérêts des ouvriers à la profitabilité du capitalisme américain et ils s’en prennent aux entreprises qui appartiennent à des étrangers et aux ouvriers nés à l’étranger, tout en ne faisant rien pour enrayer l’affaiblissement des syndicats.

Obama a fait campagne pour Clinton en expliquant aux Noirs que s’abstenir de voter pour elle signifierait trahir l’héritage de son mandat à lui. Même s’il y a eu un mouvement de solidarité raciale avec le premier président noir, la vérité est que, pendant son mandat, la condition des Noirs a continué de se détériorer : les salaires ont stagné et le patrimoine médian des familles noires s’est effondré tandis que les flics continuaient à tuer gratuitement leurs fils, leurs pères, leurs mères et leurs sœurs. A la fin, beaucoup de Noirs se sont simplement abstenus lors de ces élections.

Ils se rappelaient comment Clinton avait qualifié les jeunes des cités de « super-prédateurs », comment elle avait soutenu les attaques de son mari Bill contre les femmes en détruisant l’« Etat-providence dans sa forme actuelle » et comment il avait fait passer une loi anti-criminalité qui multipliait très significativement les incarcérations racistes et le nombre de flics dans les rues. Lorsque Trump a fait remarquer, à juste titre, que pour le Parti démocrate les Noirs ne sont guère plus que du bétail électoral, et que la vie dans les ghettos était infernale, il s’agissait d’une manœuvre complètement cynique de sa part – d’autant plus qu’il s’adressait à un public issu des banlieues blanches du Wisconsin au moment où la ville de Milwaukee, marquée par la ségrégation, était en ébullition suite à un nouvel assassinat policier raciste. Mais la réponse des démocrates a été de prétendre mensongèrement que la condition des Noirs s’est grandement améliorée.

Bien sûr, pour se rendre compte de ce que Trump a en tête pour les Noirs, il suffit de constater le soutien qu’il a obtenu au niveau national de la part du Fraternal Order of Police [le « syndicat » des flics]. Ce que leur réserve l’administration Trump est aussi évident que le rictus de Rudy Giuliani, ancien maire de New York, embrassant les nervis policiers lourdement armés du NYPD devant la Trump Tower. Durant toute sa campagne, Trump s’est vanté du soutien que lui avaient donné les agents de l’immigration et de la police aux frontières, qui ont directement en ligne de mire les immigrés aux abois. Mais si Trump a fait du racisme anti-immigrés son fonds de commerce, Obama lui-même a expulsé un nombre record d’immigrés. En fait, Obama a renforcé la machinerie répressive de l’Etat capitaliste dont Trump héritera : il a emprisonné des lanceurs d’alerte et multiplié les détentions préventives ou les assassinats par drone.

Contrairement aux cris d’orfraie des libéraux, Trump n’est pas un Hitler américain. Le terreau sur lequel les nazis s’étaient développés était celui d’une puissance impérialiste défaite durant la Première Guerre mondiale ; la bourgeoisie allemande était confrontée à la menace d’une classe ouvrière en révolte, qu’il fallait écraser. Les Etats-Unis, au contraire, ne sont pas un pays impérialiste vaincu et ils restent l’« unique superpuissance mondiale ». La classe dirigeante américaine n’est pas non plus aujourd’hui confrontée à une menace venant de la classe ouvrière. Loin de là : cela fait des décennies que la bourgeoisie mène une guerre unilatérale contre le mouvement ouvrier grâce aux vendus à la tête du mouvement syndical – dont les rangs sont de plus en plus clairsemés.

Trump a accédé au pinacle de l’Etat capitaliste au moyen des mécanismes de la démocratie bourgeoise, et non par la mobilisation de bandes fascistes. Toutefois, son élection a certainement gonflé les voiles des fascistes. Le Ku Klux Klan de Caroline du Nord a annoncé qu’il organisera une marche de la « victoire » en décembre. D’une manière similaire, durant la présidence du républicain Ronald Reagan, le racisme officiel de la Maison Blanche avait encouragé le Klan et les nazis. Quand les fascistes ont essayé d’organiser des rassemblements dans plusieurs grands centres urbains, la Spartacist League et le Partisan Defense Committee ont été à l’initiative d’appels à des mobilisations ouvrières/noires de masse. A Washington, où le Klan avait menacé de tenir une provocation visant spécifiquement les immigrés, à Chicago où les nazis avaient dans le collimateur la Gay Pride, et ailleurs, nous avons été à l’initiative de mobilisations de plusieurs milliers de personnes qui ont réussi à les stopper. Ces mobilisations se basaient sur la puissance sociale des syndicats multiraciaux, à la tête des Noirs pauvres, des immigrés et de toutes les victimes désignées de la terreur fasciste ; elles ont donné un petit exemple du type de direction et de forces nécessaires pour construire un parti de notre classe pour lutter contre notre ennemie, la classe capitaliste.

Méfiez-vous des charlatans « socialistes »

C’est un mensonge de prétendre que, pour stopper Trump, il faudrait construire un Parti démocrate plus « progressiste » ou un autre parti capitaliste tel que les Verts. Mais ce mensonge n’est pas seulement colporté par la gauche démocrate mais aussi par des organisations qui se proclament « socialistes ». Prenez l’exemple de Socialist Alternative [les compagnons d’armes américains de la Gauche révolutionnaire en France], l’un des plus fervents promoteurs de Bernie Sanders. Dans un tract daté du 9 novembre distribué dans des manifestations contre Trump, ils écrivent que « malgré l’erreur qu’il a faite de se présenter à l’intérieur du Parti démocrate et de soutenir Clinton, la campagne de Bernie Sanders a démontré qu’il est possible de gagner un soutien de masse à un programme de gauche audacieux pour remettre en cause le pouvoir du grand patronat. »

Loin d’avoir fait une « erreur », le sénateur du Vermont a participé activement au groupe parlementaire démocrate pendant plus de 20 ans, sans parler de son soutien sans faille aux guerres de conquête et d’occupation de l’impérialisme américain. Sanders n’a jamais eu l’intention de remettre en cause « le pouvoir du grand patronat ». Il argumente aujourd’hui dans les colonnes du New York Times (11 novembre) que si Trump « a vraiment l’intention de mener une politique pour améliorer la vie des familles ouvrières, je vais lui présenter quelques vraies occasions de mériter mon soutien ». Ouah ! Aussi imprédictible que puisse être Trump, la seule chose dont on peut être sûr, c’est qu’il protégera les intérêts des capitalistes américains, parce que c’est sa classe.

L’International Socialist Organization (ISO), qui avait salué dans l’élection d’Obama une ouverture pour mobiliser pour « le changement », se plaint aujourd’hui que l’administration d’Obama a jeté aux orties « l’occasion de marginaliser les républicains pour au moins une décennie » parce qu’il s’est « occupé de renflouer des banques ». En 2008, ces réformistes argumentaient qu’avec suffisamment de pression « par en bas » Obama serait poussé à combattre. De fait, il a combattu – mais pour la classe capitaliste qu’il représentait. Au lendemain de la victoire de Trump, l’ISO voit un « potentiel pour construire une résistance plus forte par en bas ».

Le but des socialistes authentiques n’est pas de construire un mouvement « par en bas » sans contenu de classe, qui jetterait les bases pour une rénovation du Parti démocrate ou pour un nouveau « troisième parti » capitaliste, mais de détruire entièrement le système du capitalisme américain décadent. Notre objectif est de construire un parti ouvrier qui dirigera une révolution socialiste. Lorsque les ouvriers prendront en main les formidables richesses de ce pays, celles-ci serviront à rendre vivable l’existence pour les Noirs, les immigrés et tous ceux qui sont aujourd’hui traités comme des parias dans cette société. En partie à cause des trahisons des chefs syndicaux, cela semble utopique pour beaucoup de gens, qui ne peuvent pas imaginer que la classe ouvrière puisse un jour être une force de changement social.

La classe dirigeante et ses lieutenants ouvriers dans la bureaucratie syndicale ne peuvent pas étouffer pour de bon la lutte de classe qui naît du conflit inconciliable d’intérêts entre les travailleurs et leurs exploiteurs. Les mêmes conditions qui aujourd’hui accablent les ouvriers les propulseront dans la bataille demain. La division fomentée par les capitalistes, qui dressent les travailleurs noirs et blancs les uns contre les autres, peut être surmontée dans une lutte de classe intégrée, au cours de laquelle la classe ouvrière multiraciale discernera ses intérêts communs. Ces batailles ouvrières renouvelées peuvent également poser les fondements d’un renouveau et d’une extension des syndicats, en en chassant les traîtres pour les remplacer par une nouvelle direction, une direction lutte de classe.

Des millions de travailleurs sont au chômage ou tirent le diable par la queue avec un travail à temps partiel ou temporaire payé une misère ; beaucoup se font expulser de leur logement et survivent grâce à la soupe populaire ; les retraites et les allocations de santé font l’objet de coupes drastiques. Face à tout cela, il y a nécessité urgente de construire un parti ouvrier fondé sur le principe fondamental que les ouvriers n’ont pas d’intérêts communs avec les patrons. Ce parti unira les travailleurs en emploi et les chômeurs, les pauvres des ghettos et les immigrés, dans un combat pour des emplois et des conditions de vie décentes pour tous. Il gagnera aussi la classe ouvrière à la nécessité de s’opposer aux aventures militaires de l’impérialisme américain et de lutter en solidarité avec les travailleurs et les opprimés partout dans le monde.

Quel que soit le locataire de la Maison Blanche, le président est le chef de l’exécutif de l’Etat capitaliste américain ; celui-ci existe pour défendre le pouvoir et les profits de la bourgeoisie. Cet Etat ne peut pas être amené, par quelque pression que ce soit, à servir les intérêts de la classe ouvrière et des opprimés ; il doit être balayé par une révolution socialiste qui mettra en place un Etat ouvrier où ceux qui travaillent gouverneront. Seul un parti ouvrier internationaliste révolutionnaire peut diriger cette révolution, qui sera une étape vers une économie socialiste internationalement planifiée.

 

Le Bolchévik nº 218

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