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Le Bolchévik nº 211

Mars 2015

Après les attentats criminels contre Charlie Hebdo et le supermarché juif

A bas la croisade antimusulmans du gouvernement capitaliste !

A bas Vigipirate !

Un mois après le meurtre criminel de Juifs – visés pour la seule raison qu’ils étaient juifs – et de journalistes de Charlie Hebdo à Paris par trois intégristes islamiques, Hollande a déclaré lors de sa conférence de presse du 5 février qu’il fallait prolonger l’« esprit » des manifestations du 11 janvier. La République « sera intraitable, implacable », a-t-il ajouté. Hollande et d’autres dirigeants internationaux ont tous saisi ces meurtres comme une occasion d’étendre davantage leur « guerre contre le terrorisme ». La réaction islamique dans les banlieues françaises est alimentée par la ségrégation et la discrimination racistes, qui visent principalement les jeunes de familles musulmanes, ainsi que par la terreur impérialiste dans le monde musulman.

« Le premier défi que la France a à affronter, c’est la lutte contre le terrorisme », a déclaré Hollande lors de la conférence de presse. Il s’est félicité de « protéger la zone du Sahel » en Afrique avec les troupes françaises, qui se battent aussi en Irak contre les intégristes islamiques. On n’a pas besoin d’être marxiste pour comprendre que les troupes françaises ont envahi le Mali il y a deux ans, et plus récemment le Niger, non pas pour protéger la population locale contre la loi islamique mais pour sécuriser les mines d’uranium exploitées par le français Areva au Niger, non loin de la frontière avec le Mali, ainsi que d’autres intérêts français dans la région. Le Niger fournit près du tiers de l’approvisionnement en uranium des usines nucléaires françaises. Troupes françaises hors d’Afrique, hors du Proche-Orient !

Les guerres et les occupations militaires sont inhérentes au système capitaliste en décomposition : pour s’opposer à la guerre impérialiste il faut lutter pour la révolution socialiste. Les déprédations impérialistes, qui se multiplient depuis la destruction contre-révolutionnaire de l’Union soviétique au début des années 1990, attisent le fondamentalisme islamique. La montée de la réaction islamique dans le monde musulman lui-même est le produit de machinations impérialistes, ainsi que de la faillite du nationalisme bourgeois laïque et du stalinisme dans la région. Par exemple, ce sont les trahisons de l’OLP nationaliste et laïque qui ont pavé la voie à la montée de groupes islamistes réactionnaires comme le Hamas. Le Hamas était initialement soutenu par les dirigeants sionistes en Israël pour faire contrepoids à l’organisation de Yasser Arafat.

En Afghanistan les impérialistes ont soutenu massivement, avec de l’argent et des armes, le djihad contre l’Union soviétique dans les années 1980, et les services secrets français et autres ont pendant des années joué un rôle trouble en soutenant les insurgés islamistes en Syrie jusque tout récemment. A chaque nouveau massacre que commettent les impérialistes dans les pays victimes de leurs campagnes de bombardements, c’est une nouvelle vague de combattants islamistes qui se crée.

Du fait de leur puissance militaire, politique et économique, les impérialistes sont les plus grands criminels du monde, mais les intégristes islamistes, qui n’ont pas les mêmes moyens, ne sont pas moins enclins à l’arriération et à la violence. Des groupes comme Al-Qaida ou l’Etat islamique (EI) recrutent aujourd’hui des milliers de jeunes à leur vision du monde féodale, où la femme est à peine mieux considérée que les esclaves et où les Juifs sont mis sur le même pied que les sionistes assassins qui dirigent Israël. En ce sens les islamistes partagent la perspective des dirigeants de l’Occident impérialiste raciste, pour qui toute personne d’origine musulmane représente le nouvel « ennemi intérieur » qu’on met à toutes les sauces, et l’« ennemi extérieur » officiel. Les impérialistes renforcent au nom de la « guerre contre le terrorisme » leur arsenal répressif, et ils mènent la guerre contre les travailleurs ici et à l’étranger.

Il suffit de voir l’attitude de la bourgeoisie française et de ses partenaires impérialistes face à d’autres attaques terroristes ces dernières années pour faire ressortir leur hypocrisie et leurs véritables préoccupations. En octobre 1980 des terroristes avaient attaqué la synagogue de la rue Copernic à Paris ; c’était la première attaque meurtrière contre des Juifs français depuis le régime de Vichy. Le Premier ministre de l’époque, Raymond Barre, avait qualifié cette attaque d’« attentat odieux qui voulait frapper des Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic ». Par mégarde il révélait ainsi les profonds préjugés antijuifs de la bourgeoisie française en insinuant que les Juifs n’étaient peut-être pas vraiment français, et en même temps qu’ils n’étaient peut-être pas non plus innocents. La bourgeoisie française encensait à l’époque les moudjahidin réactionnaires à la Ben Laden en Afghanistan, les voyant comme des « combattants de la liberté » contre l’Union soviétique.

Toujours dans les années 1980 des fondamentalistes catholiques avaient déposé des bombes dans des cinémas français, qui firent un mort et une dizaine de blessés. Ils cherchaient à stopper la diffusion du film de Scorsese la Dernière Tentation du Christ ainsi que celle d’Une affaire de femmes, de Chabrol, à propos d’une femme française exécutée pour avoir effectué des avortements sous Vichy. Il n’y a pas eu en réaction de grandes manifestations « républicaines » pour défendre la liberté d’expression.

Et il n’y a pas eu non plus de grand-messe de chefs d’Etat du monde impérialiste quand Anders Behring Breivik a tué huit personnes avec une camionnette piégée à Oslo et massacré 69 jeunes sociaux-démocrates lors d’un camp d’été il y a quatre ans. Breivik a déclaré que sa principale motivation pour ce carnage était de faire de la publicité pour son « manifeste » nationaliste blanc, antimusulman et anti-femmes. L’attitude des impérialistes vis-à-vis de ce genre de crime montre qui ils sont : pour eux des massacres antimusulmans ne sont pas des attaques terroristes.

« Nous sommes Charlie », ou croissance des fascistes et répression policière

L’« esprit de Charlie » soufflait manifestement lors de la législative partielle dans le Doubs début février : le FN a presque gagné en faisant campagne contre le « péril islamique ». Nous avions fait remarquer dans notre déclaration après les attentats de janvier, publiée ici page 26, que le déploiement d’« union nationale », de chauvinisme français et de « valeurs républicaines » antimusulmanes renforcerait les fascistes. Le 12 février cinq lycéens ont profané des centaines de tombes dans un cimetière juif à Sarre-Union en Alsace en faisant des saluts nazis et en crachant sur des étoiles de David. Dans le mois qui a suivi les attaques de janvier, le Collectif contre l’islamophobie en France a déjà enregistré 33 attaques contre des mosquées et salles de prière.

Le FN a doublé son score de 2012 lors de cette élection, dans un contexte d’abstention ouvrière importante, elle-même alimentée par de profondes désillusions face à la politique violemment anti-ouvrière menée sans relâche par le gouvernement Hollande. Le député PS sortant, Pierre Moscovici, était membre de ce gouvernement jusqu’à sa mutation à Bruxelles. Moscovici, un homme de paille de la famille Peugeot, a joué son rôle dans la politique d’austérité et de restructurations industrielles dont le résultat localement a été un dégraissage massif à l’usine de Peugeot Sochaux. Sochaux était pendant des dizaines d’années la plus grosse usine automobile du pays ; ses effectifs sont passés de 40 000 à 10 000 ouvriers.

La croissance du FN, la seule force politique significative s’opposant à l’UE et à l’euro, est alimentée également par le fait que la gauche continue à soutenir l’UE, synonyme d’austérité et d’une dislocation économique croissante qui affecte toute la société (voir nos articles sur la Grèce pages 29, 30 et 32). A gauche les réformistes passent leur temps à diffuser le mensonge que si par en bas on fait un peu plus pression l’UE pourrait devenir « sociale » et donner quelques miettes aux travailleurs et aux pauvres. A bas l’Union européenne capitaliste-impérialiste !

Ce gouvernement a aussi saisi l’occasion offerte par les attentats de janvier pour remettre en cause les libertés et enrégimenter davantage l’ensemble de la population. Il mène ses attaques au nom de la défense de la « liberté d’expression ». Nous avons dénoncé dans notre déclaration du mois de janvier les dirigeants syndicaux qui ont embrassé la campagne « Charlie » de la bourgeoisie, une campagne d’« union » avec la classe dirigeante « républicaine ». Le mouvement ouvrier doit se mobiliser pour défendre les enseignants et les travailleurs qui sont sanctionnés parce qu’ils ont refusé de marcher au pas de l’unité nationale pour « Charlie » et de se prosterner devant ses caricatures racistes. Une attaque contre un est une attaque contre tous !

Il y a aujourd’hui dix mille soldats en armes qui patrouillent le pays dans le cadre de Vigipirate. Des centaines d’embauches sont annoncées dans la police politique (la DGSI) et on projette l’extension des quartiers d’isolement et la création de mini Guantánamo pour les prisonniers qualifiés de musulmans radicaux. L’UMP et le FN réclament de plus en plus l’élargissement des critères pour déchoir les gens de leur nationalité et pour équiper les flics de davantage d’armes lourdes, entre autres mesures plus draconiennes les unes que les autres.

Le gouvernement a introduit en février un dispositif de type « Big Brother » dans l’objectif de faire marcher droit les exploités et les opprimés. L’« Office central de lutte contre la cybercriminalité » a été créé dans le cadre de la loi sur la « lutte contre le terrorisme » de novembre dernier. Cet « organe administratif », comme le décrit le gouvernement, peut maintenant bloquer des sites internet sans devoir en référer d’abord à un juge. Il vise déjà la fermeture de 50 sites « djihadistes ».

De plus un nouveau projet de loi va être discuté en mars pour donner davantage de pouvoirs à l’Etat pour étendre et légaliser l’opération de surveillance déjà en place, et qui est massive. Suite aux révélations d’Edward Snowden concernant le réseau d’espionnage américain en 2013, le Monde a révélé que la DGSE a son propre programme de surveillance électronique et qu’elle stocke les données téléphoniques et internet de la population avec des méthodes similaires à celles du programme PRISM de la NSA américaine révélé par Snowden. Nous exigeons : Libération de Chelsea Manning ! Bas les pattes devant Edward Snowden ! Bas les pattes devant Julian Assange !

Le NPA et LO rendent hommage à Charlie Hebdo

Il faut condamner le meurtre répugnant de la rédaction de Charlie Hebdo, mais cela ne veut pas dire qu’on doive fermer les yeux sur son arriération antimusulmans. Les Verts, le Parti de gauche et le PCF ont tous pris part à l’« union sacrée » pour Charlie, mais les groupes réformistes comme Lutte ouvrière et le NPA ont également prêté serment de loyauté républicaine avec « nous sommes Charlie ». Si un historien libéral israélien comme Schlomo Sand a pu déclarer que « dans la majorité des caricatures sur l’islam publiées par l’hebdomadaire, au cours de la dernière décennie, j’ai relevé une haine manipulatrice destinée à séduire davantage de lecteurs, évidemment non-musulmans », la soi-disant « extrême gauche » ici, NPA et LO, a au lieu de cela noirci des pages et des pages en l’honneur de ce journal qui était devenu un outil de la « guerre contre le terrorisme » de la bourgeoisie.

Le NPA a publié une pleine page de caricatures politiquement correctes « en hommage » à Charb et compagnie, en faisant remarquer qu’ils les avaient « côtoyés et appréciés ». Ils ont quand même émis une petite réserve en ajoutant « même si depuis un certain temps, des désaccords nous ont amenés à débattre et à polémiquer avec Charlie hebdo » (l’Anticapitaliste, 15 janvier). Pour Lutte ouvrière (LO), rien de tel ; aucune indication qu’ils critiquaient les provocations racistes incessantes de Charlie Hebdo. Ils ont eux aussi publié une série de caricatures sous un grand titre « Merci Charlie » pour remercier l’hebdomadaire de son « regard sans concession sur cette société, sur ces dirigeants politiques ou même ces dignitaires religieux dont beaucoup les célèbrent aujourd’hui avec la plus grande hypocrisie alors qu’ils les combattaient hier. Merci pour ce courage qu’ils ont payé de leur vie » (Lutte Ouvrière, 16 janvier). L’attaque antijuive visant l’Hyper Cacher a à peine mérité une mention de la part de LO tout occupée à rendre hommage à ses potes « laïques ». Evidemment avec de telles odes à « Charlie », ni LO ni le NPA ne peuvent donner ne serait-ce qu’un début d’explication de pourquoi Hollande, Obama, Nétanyahou et compagnie étaient aussi tous « Charlie ».

Le NPA a adopté une motion de « Campagne contre l’union nationale » lors de son troisième congrès, qui s’est clos le 1er février, critiquant le fait que « la plupart des organisations du mouvement ouvrier se sont alignées derrière l’union nationale en appelant à manifester à Paris le 11 janvier, au risque de creuser l’écart avec une partie de la population qui se sentait stigmatisée ». Fort bien, mais si le NPA n’a pas défilé à Paris le 11 janvier avec Hollande et les autres criminels de guerre impérialistes présents, il a tout de même appelé à participer à de semblables manifestations « républicaines » dans tout le pays (l’Anticapitaliste, 15 janvier).

Ces manifestations, avec le maire ou le préfet et tout l’éventail des politiciens bourgeois et sociaux-démocrates locaux, avaient au fond la même politique d’unité nationale que celle de Paris. A Toulouse le NPA a construit une manifestation « Charlie vivra, la haine ne passera pas » ; il a signé l’appel à la manifestation qui disait que « c’est en prolongeant le combat de ceux qui sont tombés en luttant contre l’obscurantisme, pour la liberté, la paix, la solidarité, le respect et la tolérance que nous ferons progresser les revendications de justice et de progrès social qui étaient les leurs ». A Perpignan la manifestation, que construisait entre autres le NPA, invitait « chaque républicaine et républicain, chaque démocrate, chaque amoureux de la liberté, de l’égalité, de la fraternité ». Le NPA s’est finalement retiré quand les fascistes du FN, ces « amoureux » entre tous du chauvinisme français, ont accepté la sollicitation des organisateurs et ont envoyé Louis Alliot pour diriger leur cortège. La cible ultime des fascistes est le mouvement ouvrier organisé. En l’absence d’une direction ouvrière révolutionnaire montrant la voie de la lutte contre l’ordre capitaliste raciste, le FN est dangereusement en train de gagner du terrain.

Nous appelons les travailleurs à rejeter la campagne pour l’union nationale et à se battre au contraire pour l’unité de classe. Les dirigeants réformistes traîtres du mouvement ouvrier qui s’inspirent de l’« esprit du 11 janvier » sont un obstacle à cette perspective de classe, alors qu’il est nécessaire et urgent de stopper les fascistes par des mobilisations ouvrières et immigrées.

Les états de service pro-impérialistes du NPA : alimenter « les pires fondamentalismes réactionnaires »

Tout aussi hypocrite était la nouvelle virginité politique du NPA concernant le rôle de l’impérialisme français suite aux attentats terroristes. Le NPA a déclaré le 9 janvier, juste après les attaques : « Cette violence barbare est l’enfant monstrueux […] des guerres contre les peuples qui se sont enchaînées depuis la première guerre contre l’Irak, en Afghanistan, en Libye, en Afrique, en Syrie […] Des guerres qui ne visent qu’à maintenir la domination des multinationales, leur droit à piller les richesses alimentent ainsi les pires fondamentalismes réactionnaires. » Mais le NPA a juste oublié d’ajouter que lui-même, ou son prédécesseur la LCR, s’était en règle générale et de façon criminelle aligné derrière son propre impérialisme dans ces guerres sanglantes.

Dans les années 1980, à l’époque de la guerre en Afghanistan entre l’Union soviétique et les moudjahidin islamistes financés par la CIA, la LCR avait exigé le retrait soviétique dès 1981. En 1979 l’Armée soviétique avait été priée par le gouvernement nationaliste de gauche du PDPA d’intervenir militairement contre les chefs tribaux et les mollahs anticommunistes, qui avaient pour perspective l’analphabétisme pour les masses et l’esclavage pour les femmes. Nous avions alors déclaré : « Salut à l’Armée rouge ! », et nous avions réclamé : « Etendez les acquis sociaux de la Révolution d’Octobre aux peuples d’Afghanistan ! »

Le retrait des troupes soviétiques en 1989 était un crime qui a ouvert la voie à la victoire de la contre-révolution capitaliste en URSS même, et a grandement contribué à la croissance de la réaction islamiste aujourd’hui. Mais le NPA soutenait Massoud, un dirigeant des moudjahidin, prétendant que c’était un progressiste qui se battait contre à la fois les impérialistes et l’Union soviétique. Quand le même Massoud a pris Kaboul en 1992, il a instauré la charia et réimposé la burqa. Lors de l’attaque impérialiste de 2001, ce sont ses forces qui ont servi de troupes terrestres à l’OTAN.

En 2011 le NPA avait déclaré également « son soutien total aux insurgés dans leur lutte pour la démocratie et la chute de la dictature » de Kadhafi en Libye. Il avait maintenu cette position même après que Sarkozy et autres impérialistes étaient intervenus pour renverser Kadhafi et porter au pouvoir ces mêmes « insurgés ».

Le NPA n’a rien appris de la dévastation de la Libye par les impérialistes. Deux ans plus tard il demandait à Hollande d’armer les rebelles en Syrie : « La responsabilité du mouvement ouvrier et démocratique international est de réclamer que nos gouvernements fournissent immédiatement des armes à l’Armée syrienne libre qui est mandatée par la révolution syrienne pour la défendre » (Tout est à nous !, 13 juin 2013). Pour notre part nous n’avons aucun côté dans la guerre civile réactionnaire entre Assad et les rebelles.

De là le NPA s’est mis l’automne dernier à appeler son propre gouvernement impérialiste à envoyer des armes aux nationalistes kurdes du PYD à Kobané (déclaration du NPA, 9 octobre), sachant parfaitement que le PYD était devenu le contingent militaire terrestre des impérialistes contre l’Etat islamique, le complice d’hier de ces mêmes impérialistes. Nous écrivions au contraire, tout en déclarant notre opposition politique intransigeante aux réactionnaires obscurantistes de l’EI : « les marxistes se placent militairement du côté des combattants de l’EI quand ceux-ci prennent pour cible les impérialistes et leurs supplétifs, qu’il s’agisse des nationalistes kurdes syriens ou irakiens ou du gouvernement de Bagdad et de ses milices chiites » (le Bolchévik n° 210, décembre 2014).

Depuis le début du conflit syrien, qui est attisé par les impérialistes pour effectuer un changement de régime, plus de 200 000 personnes ont été tuées et plus de 10 millions de Syriens ont été contraints de fuir leur maison. Se tourner vers les impérialistes pour demander de l’aide, c’est demander au pyromane d’éteindre l’incendie ; c’est une stratégie suicidaire pour la population syrienne. Les réformistes apportent ainsi leur propre pierre à la montée de la réaction aujourd’hui.

LO donne une couverture à la « laïcité républicaine »

Quant à Lutte ouvrière, elle a dénoncé « la politique infâme et [les] guerres perpétrées par les grandes puissances » qui ont alimenté le fondamentalisme islamique. Elle a ajouté : « Mais ce qui pèse surtout c’est la quasi-disparition d’un mouvement ouvrier digne de ce nom, rendant possible la progression des idées réactionnaires dans une partie de la jeunesse » (Lutte Ouvrière, 16 janvier). Plus précisément, cela fait des années que LO se lamente sur l’affaiblissement du PCF, mais à l’époque où le PCF était fort et qu’il administrait l’Etat capitaliste dans de nombreuses municipalités, il commettait trahison sur trahison contre la classe ouvrière : il a par exemple sabordé l’occasion révolutionnaire de Mai 68, et une dizaine d’années plus tard, en 1980, il a envoyé un bulldozer contre un foyer de travailleurs maliens à Vitry afin de montrer de quoi il était fait pour pouvoir offrir ses services ministériels à Mitterrand. De telles trahisons ont énormément contribué à la « progression des idées réactionnaires dans une partie de la jeunesse ». LO montre ici que sa perspective politique ne va pas au-delà d’un mouvement ouvrier réformiste négociant quelques réformes en échange du maintien de la paix sociale, c’est-à-dire de l’ordre capitaliste.

Le mouvement ouvrier français est certainement affaibli par tant de trahisons, tout particulièrement depuis la contre-révolution capitaliste en Union soviétique. Mais le problème n’est pas en soi l’affaiblissement d’organisations réformistes comme le PCF ou LO. C’est la régression générale du niveau de conscience ouvrière, même si elle est inégale et qu’elle n’est pas éternelle : la couche la plus avancée des travailleurs ne croit plus en la possibilité d’une société socialiste collectivisée. Elle ne croit plus que ce soit un but accessible, ni que cela vaille la peine de poursuivre un tel but. C’est l’expression du dogme mensonger que « le communisme est mort », comme ne cesse de le rabâcher la bourgeoisie depuis la destruction de l’Union soviétique.

Le fait même de s’identifier de façon élémentaire au prolétariat est en recul, comme on le voit avec l’attrait croissant de formations populistes petites-bourgeoises comme Podemos et Syriza. On voit aussi en France certaines couches du prolétariat, y compris même certaines qui se situaient à gauche, se mettre à voter pour le FN, l’ennemi le plus dangereux de la classe ouvrière et des opprimés. Il faudra un changement de période, marqué par une forte augmentation de la lutte de classe ouvrière et par l’intervention d’une avant-garde communiste, pour que le marxisme regagne l’allégeance d’une couche du prolétariat.

LO, qui s’est jointe à la campagne de la bourgeoisie française pour faire la promotion des valeurs républicaines « laïques », porte là une responsabilité particulière. Ses propres campagnes contre le foulard islamique ont contribué à la ségrégation raciste et à l’exclusion des jeunes Français d’origine musulmane aujourd’hui. Celles-ci alimentent en fin de compte la recherche par ces jeunes d’un refuge illusoire dans la religion et dans d’autres formes d’arriération sociale comme le racisme antijuif. Celui-ci en retour est à la fois exploité et alimenté par des démagogues antijuifs comme Dieudonné et son acolyte Alain Soral, un authentique fasciste « national-socialiste ».

LO a servi de fer de lance à la loi de 2004 interdisant le foulard à l’école : ils ont joué un rôle actif dans l’exclusion de deux lycéennes voilées, Alma et Lila Lévy, expulsées de leur lycée à Aubervilliers en 2003. Dix ans plus tard et dans le contexte de la crise économique, les attaques antimusulmans se sont multipliées, notamment contre les femmes voilées. Le FN est le premier à en profiter. Pourtant LO continue à faire du prosélytisme laïque, et en 2013 ils ont pris le côté de la patronne de la crèche Baby Loup, en banlieue parisienne, qui avait licencié une jeune assistante maternelle, Fatima Afif, parce qu’elle portait le foulard.

Cette « laïcité républicaine », qui sert de couverture aux préjugés antimusulmans, n’a rien à voir avec le principe de la laïcité qu’avait établi la Révolution française de 1789, et que nous défendons jusqu’à ce jour. Nous disions dans notre article « Les femmes et l’immigration en France » (Spartacist édition française n° 35, printemps 2003) :

« L’Etat français a dénaturé les objectifs et les valeurs de la Révolution française en s’attaquant à ces jeunes filles musulmanes. Sous l’Ancien Régime du roi, on appelait la France “la fille aînée de l’Eglise”. Le principe de la laïcité de la Révolution française vient de la lutte pour protéger la liberté d’expression et pour arracher la société des mains de l’Eglise catholique. Que ce principe soit utilisé maintenant par une majorité catholique pour opprimer une minorité musulmane dans la société française est une ironie cruelle de l’histoire. Cela souligne à quel point la bourgeoisie française a dégénéré à l’époque de la décadence impérialiste – alors que cette classe avait dirigé la Révolution française, événement historique de la lutte pour l’émancipation de l’humanité. »

Tout en luttant contre leur interdiction, la LTF s’est toujours opposée au foulard et au voile, qui représentent un programme social réactionnaire pour garder les femmes dans l’étroite limite de la famille et du foyer, et dans une position de servitude. Nous nous opposons de même aux tenues d’autres religions, qui toutes font la promotion de la famille, le socle de l’oppression des femmes.

En France, la loi de 1905 est allée en direction de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais le catholicisme demeure puissant et privilégié. Un sixième du système éducatif est privé et entre les mains des catholiques, mais il est financé par l’Etat. La bourgeoisie utilise la religion pour renforcer le conservatisme social et proclamer sacro-sainte la domination du capitalisme, comme on a pu le voir avec les mobilisations anti-homosexuels et anti-avortement dirigées par l’Eglise. La « laïcité républicaine » est tellement devenue synonyme de racisme antimusulmans que déjà en 2010 Marine Le Pen avait fait de la lutte contre le « danger islamique » son principal cheval de bataille ; elle argumentait que l’islam était incompatible avec les « valeurs laïques » au cœur de la République française.

Le « problème musulman » est en réalité une fabrication de la bourgeoisie française, et tout d’abord de ses laquais sociaux-démocrates. Au début des années 1980 il y avait eu une série de grandes grèves dans l’industrie automobile en France. Des travailleurs immigrés, originaires principalement d’Afrique du Nord, étaient le fer de lance de ces puissantes mobilisations ouvrières qui secouèrent le gouvernement de front populaire PS-PC. Le gouvernement chercha à casser les grèves en utilisant la tactique classique de diviser pour régner : il dénonça les grévistes en prétendant qu’ils étaient manipulés par les ayatollahs et autres dirigeants religieux.

Jusque dans les années 1970 la bourgeoisie avait besoin de main-d’œuvre supplémentaire, et elle fit venir notamment d’Afrique du Nord des centaines de milliers de travailleurs immigrés. Mais ces dernières décennies l’emploi s’est raréfié avec la désindustrialisation, une situation qui n’a fait que s’aggraver avec la crise économique. Dans le contexte actuel d’un chômage de masse, les capitalistes considèrent les enfants et les petits-enfants de ces ouvriers immigrés comme une population en surnombre dont il ne voient guère de profit à tirer en exploitant leur travail.

Dans les années 1980 ces jeunes manifestaient pour l’égalité, notamment avec la « grande marche des Beurs » de 1983. Leurs espoirs furent cruellement déçus par les sociaux-démocrates de Mitterrand et leurs plans cyniques à la SOS-Racisme, et en résultat certains d’entre eux se tournèrent vers la religion. C’est l’origine de l’affaire du foulard islamique à l’école, qui remonte à 1989. Depuis cette époque la bourgeoisie française renforce sans cesse les interdits vestimentaires frappant les musulmans tout en condamnant leur soi-disant incapacité à s’intégrer. Aujourd’hui la chasse aux sorcières antimusulmans atteint un point tel qu’on donne à des gens comme Eric Zemmour des pages dans la presse et des heures d’antenne pour argumenter pour l’expulsion en masse hors de France des peut-être quatre millions de musulmans de ce pays. Il est clair que c’est les fascistes qui profitent de ce genre d’appels, et sans nul doute ils se retourneront contre les Juifs aussi, en dépit des services rendus par des individus comme Zemmour.

LO prétend que la loi Chirac de 2004 défend les jeunes femmes. En fait les exclusions racistes causées par cette loi ne peuvent qu’approfondir l’oppression de ces jeunes femmes en les retirant de l’école publique pour qu’elles se retrouvent dans des écoles religieuses ou directement à la maison ! C’est l’Etat capitaliste qui est la principale source d’oppression de ces femmes ! En fait c’est LO qui met à nu sa touchante confiance dans cet Etat raciste français en le décrivant comme un rempart protégeant ces jeunes femmes contre les réactionnaires (arabes) anti-femmes. Nathalie Arthaud avait expliqué en 2012 sa position là-dessus : « La loi, loin d’exclure les jeunes filles permet à toutes de venir à l’école, et à celles qui ne veulent pas porter le voile de garder cet espace de liberté. »

L’école, un pilier de l’Etat capitaliste

Peut-être que même Nathie Arthaud n’oserait plus dire aujourd’hui que l’école publique est un « espace de liberté » quand des enfants de huit, neuf et dix ans sont signalés à la police, soupçonnés d’« apologie du terrorisme ». Des dizaines d’adolescents ont été signalés également et entendus par la police sous le coup de la même accusation. Les enfants âgés d’à peine treize ans peuvent faire l’objet de poursuites pénales. Un enseignant a déclaré suite à l’arrestation de deux de ses élèves :

« Je trouve que les placer en garde à vue, pour des propos certes choquants mais qui restent des paroles, c’est totalement disproportionné et ce n’est pas éducatif ! Comment leur parler de République, de démocratie et d’Etat de droit après tout cela ? Je suis bouleversé par ce qui arrive à ces gamins. J’ai parlé à mon élève, c’est ce qu’on appelle une grande gueule, il a refusé d’évoquer ce qui s’est passé pendant sa garde à vue, il est dévasté. »

Nous exigeons la levée immédiate de toutes les poursuites – pour les jeunes comme pour les adultes. Libération de tous ceux qui ont été emprisonnés !

Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Education, a annoncé à la mi-janvier que le gouvernement prévoit de renforcer les valeurs républicaines. A partir de la rentrée prochaine, la « charte de la laïcité » devra être signée par les enseignants, les élèves et les parents (et on ne peut qu’imaginer quel traitement est envisagé pour les hérétiques qui refuseront de signer). 1 000 enseignants vont être formés pour prêcher la « laïcité » et il y aura un jour spécial à l’école chaque année, le 9 décembre, pour célébrer la messe « laïque ». Il y a des projets en cours aussi pour mettre en œuvre et renforcer l’autorité de l’institution de l’école publique avec l’enseignement dès le CP des rites et symboles républicains – la Marseillaise, le drapeau tricolore. Par contre il n’y aura pas d’argent supplémentaire pour les RASED (Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) ; il n’y aura pas d’argent non plus pour embaucher des enseignants afin de réduire la taille des classes ou remplacer les enseignants absents. Mais il y a de l’argent pour enseigner aux enfants dès le plus jeune âge dans les écoles-ghettos à se « conformer » et à respecter l’autorité.

L’école est une institution cruciale pour préserver la domination capitaliste. La bourgeoisie a des écoles d’élite pour garantir une éducation de qualité à ses enfants et pour former les cadres d’entreprise et les techniciens dont elle a besoin pour administrer le système capitaliste. Quant à la classe ouvrière et aux pauvres, les capitalistes cherchent à ne dépenser pour l’enseignement que ce qu’ils pourront selon leurs calculs récupérer en profits. On apprend à ces jeunes à se conformer à l’autorité bourgeoise, sous peine d’exclusion.

Pour beaucoup de jeunes de banlieue, une fois qu’ils sont hors du système scolaire ils sont confrontés à la précarité, au chômage et à la prison. Hollande annonce maintenant qu’à partir du mois de juin tous les jeunes pourront accéder à un « service civique volontaire », mais « universel » ; c’est un projet qu’avait mis en route Sarkozy et que veut maintenant étendre Hollande. Pour la moitié du SMIC, et sur une période de six ou douze mois, des jeunes gens pourront venir renforcer les services publics qui sont terriblement en manque d’effectifs. Ils pourront travailler dans les écoles, les maisons de retraite, les hôpitaux et l’administration. C’est un cadeau aux capitalistes qui servira à tirer vers le bas les salaires et les conditions de travail pour lesquels se sont battus les syndicats, à détruire les emplois et à augmenter la concurrence entre les plus pauvres. C’est aussi un pari de Hollande pour inverser la courbe du chômage, la condition qu’il s’est soi-disant fixée pour se représenter aux présidentielles de 2017. Ce qu’il faut c’est un programme d’embauches massives dans les services publics, à salaire égal pour un travail égal, et sur la base de contrats à durée indéterminée !

Il y a près de dix ans, lors de la révolte des banlieues de 2005, nous avions appelé le mouvement ouvrier à défendre les jeunes de banlieue. Nous le faisons aujourd’hui également face à la guerre sainte du gouvernement contre les jeunes musulmans. Il faut se battre contre la politique de la bourgeoisie française et de ses laquais réformistes de dresser en permanence les musulmans contre les juifs, les blancs contre les non-blancs, les hommes contre les femmes, les hétérosexuels contre les homosexuels. Ce qu’il faut pour cela, c’est un parti ouvrier révolutionnaire, un tribun du peuple luttant pour l’unité de la classe ouvrière et pour que celle-ci prenne la tête de tous les opprimés dans une lutte pour la révolution socialiste.

La classe ouvrière multiraciale a une énorme puissance sociale ; c’est son travail qui produit les énormes profits des capitalistes. Quand elle décide collectivement de cesser le travail en faisant grève, le robinet des profits se ferme, le réseau des transports s’arrête et les lumières s’éteignent. Il faut mettre en action cette puissance sociale et la lier à la colère des jeunes dépossédés des quartiers derrière un combat pour renverser ce système pourrissant.

Nous vivons dans une période réactionnaire, l’époque du déclin impérialiste, mais la seule voie pour se battre pour qu’il y ait un avenir pour les jeunes de la classe ouvrière aujourd’hui, c’est d’étudier les leçons de l’histoire de la lutte des classes et de chercher à les mettre en application. Lénine avait étudié les leçons de la Commune de Paris pour diriger la Révolution russe vers la victoire. De même aujourd’hui nous étudions les leçons de la Révolution russe pour préparer les poussées inévitables de la lutte des classes. Nous cherchons à construire un parti révolutionnaire, section d’une Quatrième Internationale reforgée, qui soit fermement basé sur la compréhension marxiste qu’il faut renverser ce système capitaliste raciste par une révolution socialiste.

 

Le Bolchévik nº 211

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