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Le Bolchévik nº 210

Décembre 2014

Syrie, Irak : les nationalistes kurdes au service des impérialistes

A bas l’intervention impérialiste au Proche-Orient !

Troupes françaises, hors du Proche-Orient et hors d’Afrique !

Nous reproduisons ci-après la présentation de notre camarade Henri Robur lors d’un meeting de la LTF à Paris le 5 novembre dernier.

* * *

Les bombardements en Irak et dans le Nord de la Syrie contre les réactionnaires de l’« Etat islamique » (EI) par une coalition dirigée par les Etats-Unis (et qui inclut la France) sont le dernier épisode en date d’une longue série de guerres et d’occupations impérialistes au Proche-Orient. Le résultat est une spirale infernale de massacres intercommunautaires et interethniques dans toute la région. Les opérations militaires contre l’EI se déroulent dans le Nord de l’Irak avec la participation de plusieurs chasseurs-bombardiers français opérant à partir de la base aérienne dont la France dispose depuis plusieurs années à Abu Dhabi. Ces bombardements ont depuis tué plusieurs centaines de combattants ainsi qu’un nombre inconnu de civils.

Washington a déjà déployé des centaines de soldats à Bagdad. Les Etats-Unis et leurs alliés ont aussi livré massivement des armes aux forces gouvernementales irakiennes. Côté français, à part la présence depuis des décennies d’un millier de soldats à la frontière sud du Liban pour espionner le Hezbollah, c’est la première intervention militaire directe au Proche-Orient depuis 1990-1991 – l’envoi par Mitterrand d’un corps expéditionnaire pour participer à l’invasion de l’Irak pendant la « première guerre du Golfe » de Bush père. En plus des bombardements, Hollande a envoyé des armes (accompagnées de « formateurs » militaires) aux autorités de la « région autonome » du Kurdistan irakien dirigée par le PDK de Massoud Barzani et l’UPK de Jalal Talabani. Le commandant en chef de l’impérialisme français a également expédié en Irak un nombre secret de soldats de ses « forces spéciales ». Nous disons : Troupes françaises, hors du Proche-Orient et hors d’Afrique !

Cette intervention a été présentée cyniquement comme une opération « humanitaire » destinée à venir en aide aux différentes communautés (chiites, kurdes, chrétiennes, yazidis et autres) menacées par les fanatiques de l’EI. En réalité, les impérialistes ont pour objectif de renforcer leur emprise sur la région. Du fait de leur prépondérance militaire écrasante, ce sont évidemment les Etats-Unis qui au bout du compte détermineront la conduite de cette nouvelle guerre. Mais les autres membres de leur « coalition » (qui rassemble des pays impérialistes comme la France, la Grande-Bretagne et l’Australie, ainsi que des puissances régionales comme l’Arabie saoudite et le Qatar) ont chacun leurs intérêts et leurs stratégies propres.

Cela vaut pour les puissances capitalistes régionales comme l’Arabie saoudite (qui comme la Turquie soutenait jusqu’ici plus ou moins ouvertement l’EI ou d’autres islamistes sunnites pour contrer l’« axe chiite » Téhéran-Damas), mais aussi évidemment pour les pays impérialistes de deuxième ordre comme la France, qui conservent des ambitions et des intérêts dans la région. A cet égard, la décision de Hollande, dès le début de la crise, d’envoyer son aide militaire et « humanitaire » en priorité aux autorités du Kurdistan irakien n’est évidemment pas sans rapports avec les ambitions du groupe pétrolier français Total d’étendre ses activités dans la région.

Les impérialistes sont les ennemis les plus barbares et les plus dangereux des travailleurs et des opprimés du monde entier, au Proche-Orient comme ailleurs. La classe ouvrière internationale doit par conséquent s’opposer résolument à ces bombardements et à toutes les autres guerres et occupations impérialistes. Dans les métropoles impérialistes comme les Etats-Unis ou la France, les travailleurs doivent s’opposer tout particulièrement aux déprédations et aux rapines de « leur » propre bourgeoisie.

C’est pourquoi, après les premières frappes aériennes américaines et françaises dans le Nord de l’Irak, nous avons expliqué que toute force, aussi répugnante soit-elle, qui attaquerait ou repousserait les forces impérialistes (ou leurs supplétifs), ou qui se mettrait d’une manière ou d’une autre en travers de leur route, porterait ce faisant un coup qui servirait les intérêts des exploités et des opprimés. Nous disions en même temps que les travailleurs et les opprimés du monde entier n’avaient aucune raison de soutenir l’un ou l’autre des camps s’affrontant dans les guerres civiles sanglantes d’Irak et de Syrie, qu’ont déclenchées et qu’alimentent les impérialistes.

En Irak, les forces gouvernementales et les peshmergas (combattants) kurdes mènent depuis le début des bombardements des opérations militaires conjointes avec les troupes américaines. Plus récemment, les nationalistes kurdes du Parti de l’union démocratique (PYD), une organisation liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) implanté de l’autre côté de la frontière turque, ont eux aussi fait alliance avec les Etats-Unis dans la bataille qui fait rage autour de la ville de Kobané, dans le Nord de la Syrie. Le fait que toutes ces forces soient devenues les « troupes au sol » des impérialistes signifie que les marxistes se placent militairement du côté des combattants de l’EI quand ceux-ci prennent pour cible les impérialistes et leurs supplétifs, qu’il s’agisse des nationalistes kurdes syriens ou irakiens ou du gouvernement de Bagdad et de ses milices chiites.

En tant que trotskystes, c’est-à-dire communistes et internationalistes, nous sommes des ennemis résolus et déterminés des islamistes de l’EI et de leur programme ultraréactionnaire. Dans les territoires dont il s’est emparé, l’EI a massacré en masse tous ceux qu’il considère comme des « apostats » – les chrétiens, les yazidis, mais aussi les différentes communautés qui se rattachent à la branche chiite de l’islam – et il a imposé à la population musulmane sunnite sa version ultra-rigoriste de la charia, la loi islamique. L’EI est issu de la branche irakienne d’Al-Qaida, laquelle est elle-même un produit des horreurs de l’occupation américaine.

Et les fondateurs d’Al-Qaida avaient auparavant été formés et financés par la CIA pour lutter les armes à la main contre l’intervention militaire soviétique en Afghanistan dans les années 1980. A cette époque, ces précurseurs de l’EI avaient pris les armes contre un régime nationaliste allié de l’Union soviétique, parce que ce régime tentait de procéder à des réformes sociales. Comme l’Etat ouvrier soviétique était pour les dirigeants impérialistes du début des années 1980 (Reagan aux Etats-Unis, Mitterrand en France) l’incarnation de « l’axe du mal », ces islamistes étaient encensés par la propagande occidentale comme d’héroïques « résistants ».

Mais les moudjahidin afghans faisaient preuve de la même barbarie obscurantiste que celle que les Obama et les Hollande dénoncent aujourd’hui pour légitimer leurs interventions prétendument « humanitaires » en Irak, en Syrie, au Mali ou ailleurs : une des pratiques favorites de la « résistance » afghane consistait à écorcher vives les institutrices pour leur faire payer le « crime » d’apprendre à lire aux petites filles. Contrairement à une grande partie de la gauche et de l’« extrême gauche » qui dénonçait l’intervention soviétique en Afghanistan – y compris la LCR (prédécesseur du NPA) et Lutte ouvrière (LO) –, nous avions salué cette intervention et réclamé l’incorporation de l’Afghanistan à l’Etat ouvrier soviétique. Notre mot d’ordre était : « Salut à l’Armée rouge ! Etendez les acquis d’Octobre aux peuples d’Afghanistan ! »

Si entre les années 1980 et aujourd’hui la propagande impérialiste a pu ainsi faire passer les islamistes du camp du « bien » à celui du « mal », cela veut aussi dire que ces mêmes impérialistes pourraient très bien décider demain de changer leur fusil d’épaule et de soutenir à nouveau les islamistes, comme il y a encore un an, contre le régime d’Assad en Syrie – qui n’a pas été inclus dans la « coalition » anti-EI alors même qu’il fait depuis des semaines des offres de service en ce sens. (D’ailleurs pour la France de Hollande le régime d’Assad reste l’ennemi principal en Syrie. A l’automne 2013, Hollande avait cherché en vain à convaincre Obama de bombarder les forces gouvernementales en Syrie.)

Mais, pour le moment, l’EI affronte des forces qui se sont faites les instruments de l’impérialisme. Du point de vue du prolétariat international, une défaite des troupes soutenues par les impérialistes à Kobané contrecarrerait les plans impérialistes dans la région. Elle pourrait aussi alimenter l’opposition au gouvernement dans une classe ouvrière française excédée par les attaques incessantes contre son niveau de vie et ses acquis, et menacée par les mesures liberticides de la « guerre contre le terrorisme ». Les marxistes veulent transformer ce genre de sentiment en une lutte de classe contre le pouvoir capitaliste dans les centres impérialistes mêmes, y compris en France. C’est au travers de telles luttes qu’il faut gagner la classe ouvrière au programme de la révolution socialiste pour détruire de l’intérieur le monstre impérialiste.

A bas la campagne antiterroriste ! A bas Vigipirate !

Depuis le 11 septembre 2001, la rhétorique de la « guerre contre le terrorisme » sert aussi à justifier, sur le « front intérieur », le renforcement sans fin des pouvoirs de surveillance et de répression de l’Etat capitaliste. En France, le « plan Vigipirate » atteint ainsi chaque année des niveaux de « vigilance » plus élevés. Et ce sont bien sûr les immigrés et les enfants et petits-enfants d’immigrés musulmans originaires du Maghreb, d’Afrique noire ou de Turquie qui se retrouvent dans le collimateur de la campagne « antiterroriste ».

Quelques jours à peine après avoir déclaré la guerre à l’EI, le gouvernement Hollande/Valls a présenté « en urgence » devant le parlement une nouvelle loi antiterroriste visant spécifiquement les « candidats au djihad » qui partent rejoindre des groupes islamistes en Syrie. Adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 18 septembre, cette loi créera un nouveau délit d’« entreprise terroriste individuelle », censé permettre de poursuivre les « loups solitaires » soupçonnés de préparer un attentat en France. Il faut savoir que la législation antiterroriste existante était basée sur la notion juridique « d’association de malfaiteurs » (au pluriel). Comme il faut être au moins deux pour s’associer, il fallait donc jusqu’ici mettre en cause plusieurs « malfaiteurs » pour pouvoir monter un dossier d’inculpation vaguement présentable.

La loi de Hollande/Valls étend également les pouvoirs de censure de l’administration à l’encontre des sites internet accusés d’« incitation au terrorisme ». Elle permet à la police de confisquer le passeport et la carte d’identité de n’importe quel citoyen français sous prétexte de sympathies islamistes, afin de lui interdire de quitter le territoire national, et ceci pour une durée allant jusqu’à deux ans. En échange de leurs papiers, ces « interdits de sortie » se verront remettre un récépissé à présenter en cas de contrôle d’identité. Vu la fréquence des contrôles d’identité dans ce pays (en particulier si l’on a la peau foncée ou une tenue vestimentaire « suspecte »), on imagine les conséquences pour les futures victimes de ces oukases administratifs – autant leur accrocher directement autour du cou un écriteau « suspect de terrorisme islamiste » !

Le journal Le Monde, qui ne conteste pas la légitimité de la « lutte antiterroriste », a fait remarquer à juste titre que le projet de loi constituait en réalité une attaque en règle contre les droits démocratiques de toute la population : « Les articles 10 et 15 du texte ne concernent pas le terrorisme, ils visent à étendre les pouvoirs d’enquête à la criminalité organisée; à se passer de l’autorisation d’un juge pour déchiffrer des données ou permettre certaines perquisitions informatiques ; à prolonger la durée de conservation des écoutes administratives, etc. » (« Terrorisme : un projet de loi dangereux », 16 septembre).

Sous la pression de la campagne qui a suivi l’annonce par le Ministère de l’Intérieur que plus d’un millier de ressortissants français auraient rejoint les zones contrôlées par les islamistes en Syrie, cette salve de mesures liberticides a pourtant été votée en première lecture par la quasi-totalité des députés, y compris ceux du groupe Front de gauche (qui rassemble les élus du PCF et du Parti de gauche de Mélenchon) !

Et le gouvernement a encore ajouté un article qui permettra d’expulser de France tout ressortissant de l’Union européenne après l’avoir frappé d’une « interdiction administrative du territoire » lorsque « sa présence en France constituerait, en raison de son comportement personnel, du point de vue de l’ordre ou de la sécurité publics, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société » : un amendement spécial anti-Roms.

L’Etat capitaliste utilisera ces pouvoirs répressifs renforcés en premier lieu contre tous ceux qu’il considère aujourd’hui comme des « terroristes » à éliminer sans pitié – « islamistes présumés » et aussi nationalistes basques ou corses. Mais il ne se privera évidemment pas d’en user contre tous ceux qu’il considérera comme une menace – et en dernier ressort, contre la classe ouvrière et ses organisations, la principale menace potentielle contre « l’ordre » capitaliste en période de crises et de luttes sociales.

Quand les nationalistes kurdes se font les « troupes au sol » des impérialistes

Revenons à la guerre au Proche-Orient. A la mi-septembre un nouveau « point chaud » du conflit est donc apparu au Nord de la Syrie autour de la ville de Kobané, assiégée par l’EI et défendue par les combattants du PYD lié au PKK turc. Dès le début de l’offensive islamiste contre Kobané, les dirigeants du PKK avaient supplié les puissances impérialistes de leur livrer des armes et de desserrer l’étau islamiste autour de cette ville à coups de frappes aériennes. Le PKK proposait en échange de participer activement à la « coalition internationale » anti-EI.

Ces offres de service ont finalement été acceptées, et les peshmergas du PYD participent à des opérations militaires conjointes avec le Pentagone. Polat Can, un porte-parole des YPG (Unités de protection du peuple, l’organisation militaire du PYD), explique dans une interview accordée à la mi-octobre au quotidien turc Radikal que les YPG agissent « de concert avec les forces de la coalition internationale », avec lesquelles ils sont « en contact direct en termes de renseignement, au niveau militaire, et en termes de frappes aériennes ». Can précise comment cette coordination est organisée : « Une de nos unités spéciales à Kobané nous donne les coordonnées, les YPG transmettent ces coordonnées aux forces de la coalition, et ensuite les frappes aériennes sont menées. » Il ajoute : « Nous avons des rapports directs avec la coalition, sans intermédiaires. Un représentant des YPG est présent physiquement dans le centre de commandement conjoint et transmet les coordonnées. En fait, aucune frappe aérienne ne serait possible sans la participation des YPG au processus […]. »

Le 20 octobre, le gouvernement turc a de son côté annoncé qu’il allait autoriser les peshmergas kurdes irakiens à transiter par le territoire turc pour renforcer les combattants kurdes syriens (Erdogan espère à n’en pas douter que ses alliés kurdes irakiens l’aideront à contrôler les groupes proches du PKK). Le même jour les Etats-Unis procédaient à des largages d’armes destinés aux Kurdes de Syrie. Pendant ce temps, la police d’Erdogan réprimait brutalement les manifestations de Kurdes qui étaient descendus dans la rue en solidarité avec les défenseurs de Kobané ; le 13 octobre l’aviation turque a bombardé des positions du PKK à proximité de la frontière syrienne. Et même si la Turquie est un allié historique des Etats-Unis et un membre de l’OTAN, il est clair que dans cette affaire elle n’est pas un simple exécutant docile des ordres de Washington. Erdogan a ainsi refusé aux Américains d’utiliser la base aérienne de l’OTAN d’Incirlik, à moins de 20 minutes de vol du Nord de la Syrie, pour bombarder les positions de l’EI en Syrie.

Le peuple kurde est aujourd’hui opprimé par les régimes bourgeois de l’Iran, de l’Irak, de la Syrie et de la Turquie. La population du Kurdistan est ainsi une nation sans Etat et nous défendons son droit à l’autodétermination (y compris son droit à constituer son propre Etat). Mais aujourd’hui en Syrie, comme depuis 2003 en Irak, quand le PDK et l’UPK se sont enrôlés comme supplétifs des forces d’occupation américaines, les partis nationalistes kurdes ont subordonné la lutte pour les droits nationaux des Kurdes à leur rôle de comparses des impérialistes. Soutenir les Kurdes dans le conflit actuel signifie donc soutenir les impérialistes. La collaboration des partis nationalistes kurdes avec les impérialistes va à l’encontre de la cause de la libération nationale du peuple kurde, qui ne deviendra réalité qu’avec le renversement par le prolétariat des quatre Etats capitalistes qui les oppriment et la création d’une république socialiste du Kurdistan unifié.

Pour le peuple kurde, qui depuis des générations a subi l’oppression d’abord du colonialisme puis des régimes bourgeois de la région, les impérialistes ne sont pas des alliés, même de circonstance, mais l’ennemi principal ! Quand les Kurdes irakiens ont récemment annoncé leur intention d’organiser un référendum pour l’indépendance vis-à-vis de Bagdad, la réaction de l’administration Obama a d’ailleurs été sans ambiguïté : l’indépendance kurde n’est pas à l’ordre du jour. La vérité, c’est que pour le moment, les impérialistes estiment qu’il est dans leur intérêt que les peshmergas kurdes fassent le coup de feu contre les islamistes de l’EI plutôt que d’envoyer eux-mêmes des troupes au sol en Irak et en Syrie.

NPA, PCF appellent l’impérialisme français à armer les « forces démocratiques »

Le PKK a une histoire un peu différente de celle du PDK et de l’UPK en Irak. Beaucoup de ses militants et sympathisants se voient comme des révolutionnaires et des défenseurs des droits des femmes. Le PKK présente aussi la zone que le PYD contrôle et administre depuis deux ans dans le Nord de la Syrie comme un modèle de paradis « autogéré », même si les rapports de classe traditionnels dans cette région essentiellement agricole sont restés fondamentalement inchangés. Mais la perspective du PKK, comme de tous les autres nationalistes bourgeois et petits-bourgeois de la région, a toujours été de chercher des protecteurs du côté de différentes fractions des bourgeoisies locales et/ou directement des grandes puissances impérialistes.

En vendant ainsi leur âme aux impérialistes ainsi qu’aux différents régimes bourgeois locaux, les dirigeants kurdes aident à perpétuer les stratagèmes de division qui ne peuvent qu’attiser les tensions intercommunautaires, nationales et religieuses et renforcer au bout du compte l’oppression des Kurdes eux-mêmes. Un exemple : la participation de combattants kurdes irakiens à la prise de Fallouja aux côtés des troupes américaines en 2004. Le siège de cette ville majoritairement sunnite a en effet beaucoup contribué au développement de l’influence des islamistes de l’EI dans la communauté sunnite. Et la fin de l’histoire est hélas toujours la même : c’est le peuple kurde qui paie de son sang les manœuvres, les crimes et les trahisons de ses dirigeants.

Une grande partie de la gauche occidentale, et notamment en France le NPA et le PCF, soutient cette « realpolitik » nationaliste suicidaire du PKK en réclamant à cor et à cri que son propre gouvernement impérialiste intervienne militairement pour sauver Kobané, « la ville symbole du courage et de la résistance du peuple kurde » (éditorial de l’Humanité du 8 octobre). Dans une déclaration publiée le 9 octobre, le NPA réclamait quant à lui du gouvernement français « un soutien sans équivoque à la résistance des forces progressistes locales passant par le retrait immédiat du PKK et du YPG de la liste des organisations terroristes, une aide logistique, des armes, et matérielle [sic] pour leur permettre de repousser l’EI, et l’accueil des réfugiés ». Le NPA précisait toutefois qu’il restait opposé « aux catastrophiques interventions des armées des grandes puissances dans la région qui ne visent en rien à aider les populations », et s’abstenait du coup de réclamer des frappes aériennes françaises et américaines contre les positions de l’EI. Le PCF, pour sa part, n’hésite pas à appeler à une intensification des largages d’armes et des frappes aériennes occidentales autour de Kobané : il explique qu’il s’agit là de « petits pas » dans la bonne direction, mais que « tout cela reste bien peu au regard de l’enjeu » (éditorial de l’Humanité, 22 octobre) !

C’est loin d’être la première fois que le NPA affirme s’opposer à une intervention militaire néocoloniale décidée par le gouvernement de l’impérialisme français, tout en se déclarant en fait d’accord avec les buts de guerre proclamés par ce même gouvernement et en l’appelant… à intervenir de manière plus efficace en envoyant des armes aux forces soi-disant « progressistes » qui jouent ou souhaitent jouer le rôle des « troupes au sol » de Paris. C’est ce que le NPA avait fait en Libye en 2011, en apportant « son soutien total aux insurgés dans leur lutte pour la démocratie et la chute de la dictature » (de Kadhafi), et ceci avant comme après le début des bombardements de Sarkozy (voir le Bolchévik n° 196, juin 2011). Les « insurgés » du NPA ont gagné et depuis le pays sombre dans le chaos et la barbarie.

Idem début 2013 : le NPA soutenait les buts de guerre proclamés du général Hollande au Mali (à savoir reprendre le nord du pays aux islamistes) en expliquant que « la libération du nord Mali est un impératif » ; il regrettait seulement que Hollande ait fait le boulot avec des légionnaires français au lieu d’envoyer des troupes maliennes commettre les massacres à leur place et pour leur compte (voir le Bolchévik n° 203, mars 2013). Et la même année, le NPA, cette fois-ci à propos de la Syrie, proclamait que « la responsabilité du mouvement ouvrier et démocratique international est de réclamer que nos gouvernements fournissent immédiatement des armes à l’Armée syrienne libre qui est mandatée par la révolution syrienne pour la défendre » (Tout est à nous !, 13 juin 2013).

Impérialisme et réformisme

Les sociaux-démocrates « de gauche » comme le PCF ou le NPA cherchent à faire croire aux travailleurs qu’en utilisant les mécanismes du parlementarisme bourgeois, il serait possible de mettre l’appareil d’Etat capitaliste au service des intérêts des travailleurs et des opprimés. En politique extérieure, cela se traduit par l’idée qu’on pourrait remplacer le bellicisme et les turpitudes impérialistes par une « politique de paix et de justice », dans le cadre d’« institutions internationales démocratiques » comme l’ONU, où tous les peuples du monde pourraient enfin se donner la main.

Par conséquent, ces réformistes expliquent aux travailleurs que « l’impérialisme » (notamment celui de « leur » bourgeoisie) serait simplement une mauvaise politique, et qu’on pourrait donc la remplacer par son contraire en élisant un gouvernement « 100 % à gauche » ou simplement en faisant pression sur le gouvernement capitaliste en place.

Le PCF a fait de ce genre d’appels pathétiques à sa propre bourgeoisie impérialiste un genre littéraire à part entière. Voici par exemple quelques extraits d’une déclaration récente de son secrétaire général, Pierre Laurent, à propos de la guerre au Moyen-Orient : « Face à l’urgence, la France se doit de privilégier d’autres options, comme la défense des valeurs universalistes, le droit des peuples et la paix. C’est ainsi qu’elle est aimée par les peuples du monde » (l’Humanité, 22 octobre). Et comme d’habitude, ce social-chauvin reproche surtout à Hollande et Valls de se retrouver une nouvelle fois « dans le sillage de l’OTAN et des Etats-Unis », une manière de sous-entendre que la « patrie des droits de l’Homme » ne serait « impérialiste » que dans la mesure où elle s’aligne sur Washington.

Au fond, ce que voudrait Pierre Laurent, c’est revenir au « bon vieux temps » du général de Gaulle, la décennie 1958-1968, quand l’existence de l’Etat ouvrier soviétique laissait au fondateur de la Cinquième République une certaine marge de manœuvre pour mener une politique étrangère (relativement) indépendante de Washington. Pierre Laurent et les chefs actuels du PCF sont toujours à la recherche d’un courant néogaulliste de la bourgeoisie française, c’est-à-dire de gens qui comme l’ex-ministre des Affaires étrangères de Chirac, Dominique de Villepin, estiment que l’intérêt bien compris de l’impérialisme français n’est pas de se placer « dans le sillage de l’OTAN et des Etats-Unis » – comme en 2003 où Chirac et Villepin avaient refusé de participer à la guerre de George Bush junior contre l’Irak.

Pour nous, marxistes, l’impérialisme n’est pas une simple « politique », mais le stade ultime du développement historique du capitalisme. Cette thèse fondamentale a été magistralement développée par Lénine dans son célèbre livre l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme. La définition de l’impérialisme par Lénine que je citerai ce soir est tirée d’un texte un peu moins connu de Lénine, le Socialisme et la guerre (1915) :

« L’impérialisme est le degré supérieur du développement du capitalisme, que celui ci n’a atteint qu’au XXe siècle. […] Le capitalisme a développé la concentration au point que des industries entières ont été accaparées par les syndicats patronaux, les trusts, les associations de capitalistes milliardaires, et que presque tout le globe a été partagé entre ces “potentats du capital”, sous forme de colonies ou en enserrant les pays étrangers dans les filets de l’exploitation financière. A la liberté du commerce et de la concurrence se sont substituées les tendances au monopole, à la conquête de terres pour y investir les capitaux, pour en importer des matières premières, etc. De libérateur des nations que fut le capitalisme dans la lutte contre le régime féodal, le capitalisme impérialiste est devenu le plus grand oppresseur des nations. Ancien facteur de progrès, le capitalisme est devenu réactionnaire ; il a développé les forces productives au point que l’humanité n’a plus qu’à passer au socialisme, ou bien à subir durant des années, et même des dizaines d’années, la lutte armée des “grandes” puissances pour le maintien artificiel du capitalisme à l’aide de colonies, de monopoles, de privilèges et d’oppressions nationales de toute nature. »

Lénine ajoutait que les bourgeoisies des pays impérialistes utilisaient une partie des surprofits tirés du pillage des pays coloniaux et semi-coloniaux pour acheter et corrompre ce qu’il appelait « une mince couche bureaucratique et aristocratique de la classe ouvrière », c’est-à-dire les dirigeants du mouvement ouvrier organisé (partis et syndicats). Et que ce mécanisme avait constitué précisément la base matérielle du développement du courant opportuniste au sein des partis socialistes de la Deuxième Internationale et des syndicats, puis de la transformation des opportunistes en sociaux-chauvins avec leur ralliement à l’« union sacrée » en août 1914. La guerre de 1914, expliquait Lénine, « a accéléré ce développement, transformé l’opportunisme en social-chauvinisme, et l’alliance tacite des opportunistes avec la bourgeoisie, en une alliance ouverte ».

L’héritage sanglant du « diviser pour régner » impérialiste

Cent ans après, nous vivons toujours dans le monde dominé par l’impérialisme capitaliste que décrivait Lénine (la seule différence notable est que les « filets de l’exploitation financière » et autres formes indirectes d’assujettissement ont pris le pas sur la domination coloniale directe). Et le chaos actuel au Proche et au Moyen-Orient s’enracine directement dans la lutte que les « potentats du capital » ont menée à partir de la fin du XIXe siècle pour dépecer l’Empire ottoman à l’agonie.

A cet égard, les islamistes de l’EI ont récemment posté sur Internet une vidéo dont le titre était la Fin de Sykes-Picot. Les accords de Sykes-Picot étaient un accord secret signé par la France et la Grande-Bretagne en mai 1916, donc en pleine Première Guerre mondiale, pour se partager après la victoire les dépouilles de l’Empire ottoman, alors allié à l’Allemagne et à l’Autriche.

Dès la deuxième moitié du XIXe siècle, les grandes puissances européennes avaient entrepris de jouer les uns contre les autres les différents groupes ethniques, nationaux et religieux dans la région. Napoléon III était ainsi intervenu militairement en 1860 sous prétexte de protéger les chrétiens maronites (au Liban actuel) contre des massacres perpétrés par les druzes. De leur côté, les Britanniques et la Russie tsariste se posaient respectivement en protecteurs des druzes et des chrétiens orthodoxes. Les accords de Sykes-Picot de 1916 donnèrent à la France le contrôle de la Syrie (incluant le Liban actuel), tandis que la Grande-Bretagne se réservait la Jordanie et une partie de la Palestine (l’autre partie devait être placée sous un condominium franco-britannique) – le tout, bien entendu, sans que les peuples concernés aient eu leur mot à dire. La publication de ce traité par le nouvel Etat ouvrier soviétique à la fin de 1917 exposa ces intrigues sordides aux yeux du monde entier. Dans la région, cette publication fut un véritable électrochoc, et un des facteurs déclenchants d’une vague de révoltes populaires.

En 1920, aux termes du traité de Sèvres, signé cette fois sous les auspices de la Société des Nations (l’ONU de l’époque), la Syrie fut finalement placée sous « mandat » français. Je n’ai pas le temps ce soir de raconter dans tous ses détails sordides l’histoire de cette période d’occupation coloniale française en Syrie, entre 1920 et l’indépendance du pays arrachée finalement en 1946, et je vous renverrai sur ce point à notre article « L’histoire sanglante du mandat colonial français au Levant » (le Bolchévik n° 206, décembre 2013).

Je voudrais seulement mentionner le fait qu’aux termes de Sykes-Picot, la France aurait dû recevoir également l’ancien vilayet (province) ottoman de Mossoul. Mais ce furent finalement des troupes britanniques qui envahirent la région en 1918. La zone située autour de Mossoul s’étant révélée beaucoup plus riche en pétrole qu’on le pensait en 1916, les Britanniques décidèrent d’« interpréter » à leur avantage les termes de l’accord signé deux ans plus tôt avec leur « allié » français. En contrepartie, la France obtint une part de 23,75 % dans l’exploitation du pétrole irakien. C’est l’origine de la Compagnie française des pétroles, l’ancêtre de Total, aujourd’hui première entreprise française – et qui a toujours des intérêts et des ambitions dans cette zone.

Ce même traité de Sèvres avait également promis aux Kurdes un Etat à eux (sur une partie seulement des territoires qu’ils habitaient). Mais les Kurdes ne purent jamais exercer, même de cette manière limitée et déformée, leur droit à l’autodétermination nationale.

La France devenue « puissance mandataire » en Syrie renégocia avec la Turquie de Kemal Atatürk le tracé de la frontière entre la Syrie et la Turquie. En échange d’un arrêt du soutien qu’elle apportait à différents groupes qui s’étaient rebellés contre l’occupation française, la Turquie kémaliste obtint alors, aux termes d’un accord bilatéral conclu avec la France en 1921, une substantielle « rectification » de cette frontière. Il va sans dire que ces maquignonnages sordides de la France s’effectuèrent sans tenir aucun compte des aspirations des populations locales, et notamment de communautés kurdes qui, selon que leur village était situé d’un côté ou de l’autre de la ligne dessinée sur la carte par les diplomates, devenaient du jour au lendemain « turcs » ou bien « syriens ».

Les leçons de la révolution irakienne de 1958

Le fait qu’aujourd’hui au Proche-Orient les principales forces qui remettent en cause l’héritage empoisonné des accords Sykes-Picot soient des intégristes religieux réactionnaires comme l’EI en dit long sur le désespoir et l’absence de perspectives qui règnent parmi les peuples opprimés de cette région. Aujourd’hui, l’Irak en particulier est une société ravagée par des années d’embargo, de guerre impérialiste, d’occupation américaine et de guerre civile. Mais il n’en a pas toujours été ainsi, et cela ne sera pas éternellement le cas.

Nous nous basons sur l’expérience de la révolution ouvrière victorieuse d’Octobre 1917 en Russie. Cette révolution eut un impact immense au Proche-Orient. Mais avant que des partis communistes de masse aient réussi à se développer dans cette région, une caste bureaucratique conservatrice avec à sa tête Staline avait usurpé le pouvoir politique dans l’Etat ouvrier soviétique. La nouvelle bureaucratie dirigeante répudia le programme bolchévique de révolution socialiste internationale au profit de la « construction du socialisme dans un seul pays » et de son corollaire, la « coexistence pacifique » avec l’impérialisme.

Au Proche-Orient comme partout ailleurs dans le monde colonial, ceci se traduisit par l’adoption de la conception de « révolution par étapes ». Le schéma théorique de la révolution par étapes, repris des menchéviks russes, est le suivant : une première étape « démocratique » censée amener au pouvoir la bourgeoisie « nationale » et « anti-impérialiste », et dans une deuxième étape la révolution prolétarienne est ainsi repoussée à un avenir hypothétique. Dans la réalité, la « révolution par étapes » s’est toujours déroulée de la manière suivante : dans une première étape, les partis communistes font la courte échelle à l’aile soi-disant « progressiste » de la bourgeoisie pour l’aider à se hisser au pouvoir, et dans une « deuxième étape » la bourgeoisie massacre les communistes et réprime le prolétariat.

Malgré cela, les partis communistes staliniens de masse apparus au milieu des années 1930 et 1940 dans beaucoup de pays arabes attirèrent à eux les ouvriers avec le niveau de conscience de classe le plus élevé et de nombreux intellectuels radicalisés. Ces PC avaient souvent été fondés par des militants issus des minorités ethniques ou religieuses, et en comptaient un grand nombre dans leurs rangs. Les différents groupes communistes égyptiens furent ainsi tous créés par des Juifs égyptiens. Khaled Bagdache, le principal dirigeant du PC syrien pendant des décennies, était kurde.

Il existe donc au Proche-Orient une riche tradition de luttes ouvrières, avec comme apogée la révolution irakienne de 1958. L’élément déclencheur de cette révolution fut le renversement de la monarchie hachémite par des officiers nationalistes le 14 juillet 1958. Le pays tout entier se souleva. Tandis que dans les villes les manifestations ouvrières rassemblaient jusqu’à un million de personnes, dans les campagnes les paysans se révoltaient, tuaient les propriétaires fonciers et s’emparaient des terres. Le PC irakien bénéficiait du soutien de la classe ouvrière multiethnique. Il avait de nombreux sympathisants parmi les autres couches de la population, y compris au sein de l’armée et même d’une partie du corps des officiers. Il est clair qu’il aurait pu prendre le pouvoir. Les Etats-Unis, qui eux aussi pensaient que la révolution socialiste était à l’ordre du jour, envoyèrent des Marines au Liban pour constituer l’échelon précurseur d’une éventuelle invasion de l’Irak. Mais dans l’intérêt de la « coexistence pacifique », la bureaucratie soviétique sabota la révolution en ordonnant au PC irakien de reculer. Fidèle à la doctrine de la « révolution par étapes », celui-ci obtempéra et réfréna le mouvement.

Au plus haut de la vague révolutionnaire, le PC continua de soutenir un militaire nationaliste de gauche, le général Kassem, et resta subordonné à lui dans le cadre d’une soi-disant « révolution anti-impérialiste ». Et bien sûr, Kassem ne tarda pas à se retourner contre le PC. Ayant ainsi permis la re-stabilisation de l’ordre capitaliste, Kassem fut par la suite renversé par les nationalistes réactionnaires du Parti baas, avec parmi eux Saddam Hussein, qui massacrèrent des milliers d’ouvriers et de militants de gauche, en utilisant pour ce faire des listes noires fournies par la CIA.

Pour une fédération socialiste du Proche-Orient !

La révolution irakienne avait ouvert d’immenses perspectives historiques pour les travailleurs et les peuples opprimés de toute la région, et notamment pour les Kurdes. Comme je l’ai dit, la seule solution pour garantir les droits des Kurdes passe par la destruction des quatre Etats capitalistes qui les oppriment (Turquie, Syrie, Irak et Iran). Les travailleurs iraniens, arabes et turcs doivent être gagnés à cette perspective, et c’est seulement dans le cadre d’une telle lutte prolétarienne, révolutionnaire et internationaliste, que la libération du peuple kurde deviendra possible. Les travailleurs kurdes, qui font partie intégrante du prolétariat international (dans la région mais aussi ceux qui ont émigré dans les métropoles impérialistes comme la France), peuvent quant à eux jouer un rôle déterminant pour abattre toute la structure pourrie du Proche-Orient mise en place par les impérialistes et étendre la révolution jusqu’ici.

Cela vaut également pour les nombreux autres peuples de la région qui se voient dénier leurs droits nationaux, et en particulier bien sûr pour le peuple palestinien. Nous défendons évidemment les Palestiniens contre la répression et la terreur de l’Etat israélien, soutenu et armé par les impérialistes. Cet été, quand cette terreur d’Etat s’est déchaînée une nouvelle fois contre la population de Gaza, nous étions militairement aux côtés du Hamas contre Israël, sans donner aucun soutien politique à cette organisation intégriste islamique réactionnaire. Mais nous savons que le rétablissement des Palestiniens dans leurs droits nationaux ne pourra pas se faire dans le cadre du nationalisme palestinien, qui prêche l’unité des opprimés à leurs « propres » exploiteurs et aspirants exploiteurs, mais dans une perspective internationaliste de classe axée sur le renversement de l’ordre bourgeois par des révolutions ouvrières dans toute la région – y compris en Israël, qui est aussi une société divisée en classes, avec une bourgeoisie et un prolétariat exploité.

Nous ne nous faisons aucune illusion : gagner au programme marxiste les travailleurs du Proche-Orient ne sera pas une tâche facile, qu’il s’agisse du prolétariat juif israélien ou des classes ouvrières qui gémissent sous la botte des différents régimes capitalistes locaux et de leurs parrains impérialistes. Mais sans cela, il sera impossible d’en finir avec l’oppression ethnique et nationale, l’exploitation des travailleurs, l’oppression des femmes, car cela suppose la destruction révolutionnaire de l’ordre capitaliste. Ceci nécessite de forger des partis ouvriers révolutionnaires, opposés à toute forme d’idéologie bourgeoise, à la réaction religieuse et à l’impérialisme, dans le cadre d’une Quatrième Internationale reforgée, basée sur le programme trotskyste de révolution permanente. Ce programme fera le lien entre la lutte pour une fédération socialiste du Proche-Orient et le combat pour la révolution prolétarienne dans les métropoles impérialistes.

 

Le Bolchévik nº 210

Le Bolchévik nº 210

Décembre 2014

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