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Le Bolchévik nº 197

Septembre 2011

La crise en Europe et la banqueroute du capitalisme

Grèce : Colère des masses contre une austérité barbare

Le pouvoir aux travailleurs ! Pour des Etats-Unis socialistes d’Europe !

Le 29 juin, une grève générale de deux jours a presque totalement paralysé la Grèce. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté devant le parlement grec au moment où celui-ci adoptait une nouvelle batterie de mesures d’austérité exigées par la bourgeoisie grecque et ses maîtres impérialistes. Les manifestants – des travailleurs mais aussi différents secteurs de la population, jeunes, qu’ils soient étudiants ou non, commerçants, retraités – ont été sauvagement matraqués par la police anti-émeutes. Après plus d’une année d’attaques incessantes contre le niveau de vie de la population grecque, le mécontentement est à son comble parmi de nombreuses couches de la société. Rien que l’année dernière, il y a eu au moins une dizaine de grèves générales de 24 heures, accompagnées de manifestations monstres. Des centaines de milliers d’emplois ont disparu, le nombre de sans-abri atteint des sommets, et beaucoup de gens, notamment les retraités, survivent grâce aux soupes populaires.

Une vidéo montrant la violence gratuite des flics a provoqué une profonde indignation, tout comme une autre vidéo qui apportait la preuve de la collusion entre la police et des provocateurs cagoulés qui avaient infiltré les manifestations. La police n’arrêtait pas de tirer des salves de grenades lacrymogènes et de grenades assourdissantes, et elle a lancé des briques sur les manifestants. Au moins 38 personnes ont été arrêtées pendant cette manifestation où la violence était clairement du côté de la police. Nous exigeons la levée de toutes les inculpations contre les anarchistes et les autres manifestants anti-austérité, y compris ceux qui ont été arrêtés pendant les précédentes grèves générales !

Il est clair aux yeux de tout le monde que les ouvriers sont en train de se faire dépouiller pour payer les frais d’une crise dont ils ne sont pas responsables. La crise économique que subit la Grèce – une expression particulièrement violente de la crise capitaliste mondiale – s’est déclenchée au printemps 2010, quand les capitalistes de la finance mondiale ont pris peur que le gouvernement grec, endetté jusqu’au cou, cesse de payer les intérêts de ses emprunts, et ils ont commencé à se débarrasser de leurs bons du Trésor grec. La dégringolade du cours de ces bons menaçait les banques européennes, particulièrement en France et en Allemagne – les institutions financières internationales détiennent environ 340 milliards d’euros de dette grecque, publique et privée.

Pour tenter d’endiguer au moins temporairement la crise, l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI) se sont mis d’accord l’année dernière sur un « plan de sauvetage » de 110 milliards d’euros, à la condition qu’Athènes impose des mesures d’austérité draconiennes aux travailleurs grecs. Aux élections d’octobre 2009, le gouvernement de droite de la Nouvelle démocratie (ND) a été remplacé par celui du Mouvement socialiste panhellénique (PASOK), le parti populiste bourgeois de Georges Papandréou. La bourgeoisie escomptait que les masses accepteraient plus facilement des « sacrifices » si c’était le PASOK qui les demandait. Le gouvernement PASOK répond depuis un an à l’ultimatum de l’UE et du FMI par des hausses d’impôts et des coupes claires dans les salaires des travailleurs du secteur public et dans les retraites. Ces attaques frappent plus durement les plus pauvres dans cette société, y compris les travailleurs immigrés. De plus, en réponse aux exigences de l’UE et du FMI qui lui demandent de trouver de l’argent en privatisant toute une série d’entreprises nationalisées, le gouvernement grec s’est lancé dans ce que les journaux bourgeois appellent une « grande braderie », en mettant aux enchères aéroports, ports et actifs fonciers.

Les capitalistes européens ont peur que si la Grèce se trouve en cessation de paiement, cela risque de provoquer à brève échéance l’effondrement d’autres pays très fortement endettés, comme l’Irlande et le Portugal, qui ont déjà bénéficié d’aides de l’UE et du FMI, et aussi de l’Espagne, dont l’économie pèse davantage que celles de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal réunies. Effrayés par les effets potentiellement catastrophiques d’une telle contagion, l’UE et le FMI se sont mis d’accord en juin dernier, dans la précipitation, sur un deuxième « plan de sauvetage » pour la Grèce, avec à la clé 120 milliards d’euros supplémentaires. Et pourtant presque personne ne croit que ces plans ne feront autre chose que de repousser à plus tard une cessation de paiement devenue inévitable.

Tout le monde peut voir que le sort de la classe ouvrière grecque, ainsi que d’une grande partie de la petite bourgeoisie de ce pays, ne fera qu’empirer en l’absence d’une solution radicale. Les travailleurs ont plus d’une fois démontré leur combativité. Mais les dirigeants du mouvement ouvrier, que ce soit les dirigeants pro-PASOK discrédités de la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE) et de la Fédération des fonctionnaires (ADEDY), ou ceux du Parti communiste grec (KKE) et de son organisation syndicale PAME, au langage plus combatif, ont jusqu’à présent réussi à canaliser la colère des ouvriers vers une politique qui revient à se mobiliser pour faire pression sur le parlement. En fait, ils appellent les capitalistes grecs à tenir tête à leurs partenaires plus puissants en Allemagne et en France. Cette collaboration de classes nationaliste est une recette pour la démoralisation et la défaite.

Le prolétariat grec ne trouvera pas d’alliés parmi ses « propres » exploiteurs, mais parmi les ouvriers du reste de l’Europe et d’ailleurs. Un soulèvement prolétarien en Grèce pourrait provoquer une vague de luttes de classe dans toute l’Europe contre les attaques incessantes et toujours plus brutales des capitalistes visant les emplois, les prestations sociales et le niveau de vie de tous les ouvriers sur le continent. Un gouvernement ouvrier grec répudierait immédiatement la dette impérialiste. Un tel acte nécessiterait de faire directement appel au prolétariat, de l’Allemagne et la France à l’Espagne et au Portugal, pour défendre ses frères et sœurs de classe grecs contre les forces coalisées des bourgeoisies européennes.

Aussi longtemps que les travailleurs grecs seront mobilisés en priorité contre les diktats étrangers du FMI ou de l’UE, ils seront incapables de voir que s’opposer aux impérialistes est indissolublement lié au renversement de la bourgeoisie grecque. Le gouvernement grec n’est pas simplement un instrument des puissances impérialistes, européennes et autres, comme le laissent entendre certains mots d’ordre dans les manifestations à Athènes. C’est un instrument de la bourgeoisie grecque qui a toujours pour le profit exploité et réprimé la classe ouvrière et l’a obligée à se saigner aux quatre veines.

La question qui est objectivement posée, c’est qu’il faut renverser l’ordre capitaliste et instaurer le pouvoir ouvrier. Et pourtant il y a un fossé entre d’une part les besoins objectifs de la classe ouvrière et des opprimés de Grèce, et d’autre part le programme politique de leurs directions. Les grèves et manifestations à répétition sont conçues pour dissiper la colère des travailleurs, dont la combativité n’est de toute évidence pas à démontrer. Le problème, c’est que la classe ouvrière est prisonnière d’une direction qui accepte que le prolétariat doive subir sa part d’austérité pour « sauver » le capitalisme, tout en objectant à la trop grande sévérité des termes et conditions dictés par le FMI et la Banque centrale européenne (BCE).

Le programme de la bureaucratie syndicale – défini par ce qui est « réaliste » sous le capitalisme – a mené la classe ouvrière au désastre. Pour combler le fossé entre la conscience actuelle des travailleurs et la nécessité d’un gouvernement ouvrier basé sur des organes de pouvoir prolétarien, un parti d’avant-garde léniniste-trotskyste doit avancer une série de revendications transitoires qui prennent comme point de départ les besoins immédiats des masses et conduisent à la conquête du pouvoir par la classe ouvrière et l’expropriation de la classe capitaliste rapace.

Pour lutter contre le chômage de masse, il faut exiger le partage du travail disponible, sans perte de salaire, et un programme de grands travaux publics. Pour défendre ne serait-ce que leur niveau de vie actuel – qui est déjà un des plus bas d’Europe –, les ouvriers doivent exiger l’indexation des salaires sur l’inflation. Pour dévoiler l’exploitation, le vol et les escroqueries des industriels et des banquiers, les ouvriers doivent exiger que les capitalistes ouvrent leurs livres de compte (les vrais). Au moment où les impérialistes exigent le démantèlement des entreprises d’Etat, le prolétariat doit lutter pour l’expropriation des biens de production appartenant à la classe capitaliste et l’instauration d’une économie planifiée, dans le cadre du pouvoir ouvrier, où la production sera basée sur les besoins de la société et non sur le profit.

Il faut combattre le chauvinisme !

Dans toute l’Europe, la presse et les politiciens capitalistes ont attisé une frénésie de chauvinisme contre les Grecs, décrits comme des pique-assiettes ingrats et paresseux. L’année dernière, le journal de droite allemand Bild (27 octobre 2010) criait : « Vendez vos îles, bande de Grecs en faillite […] et aussi l’Acropole ! » Un éditorial récent du Financial Times de Londres (9 mai) proclamait : « Il faut mettre un pistolet sur la tempe d’Athènes. » Malgré tout le blabla à propos de renflouer la Grèce, le seul « renflouement » qui a lieu est celui des banques européennes. L’éditorialiste Martin Wolf faisait remarquer (le Monde, 28 juin) qu’« il est beaucoup moins embarrassant de déclarer que l’on aide la Grèce alors qu’en réalité on aide ses propres banques. »

Avec une arrogance chauvine, les impérialistes européens, Allemagne en tête, cherchent à imposer à la Grèce, un Etat membre de l’UE, le genre de diktat qu’ils ont l’habitude de réserver aux pays néocoloniaux du tiers-monde. Le Financial Times (17 juin) rapporte que les représentants de la « troïka » FMI, BCE et Commission européenne exigent qu’on fasse venir des « personnalités extérieures » pour « s’assurer que le programme de privatisation a bien lieu », ajoutant : « puisque la Grèce est apparemment incapable de collecter les impôts, des experts internationaux viendront aussi pour faire cela ». Cet article expliquait aussi que des représentants du gouvernement finlandais insistaient que « le patrimoine grec doit être transformé en actifs financiers afin de pouvoir être utilisé comme garantie. Si la Grèce se trouvait en cessation de paiement, les créanciers pourraient recevoir un aéroport ou un autre équipement. »

L’attitude méprisante des impérialistes vis-à-vis de la souveraineté de la Grèce a en retour alimenté le chauvinisme en Grèce. Parmi les opposants de droite au plan de sauvetage de l’UE et du FMI, on trouve la Nouvelle démocratie, le principal parti d’opposition grec. La ND représente les intérêts des milieux d’affaires qui n’ont aucune intention de payer eux-mêmes les sommes exigées par les impérialistes, et qui craignent, comme le dit à sa façon l’éditorialiste économique de la BBC Paul Mason, « un impôt comme ils n’en ont jamais imaginé, ni bien sûr payé ». Cependant, la ND et le PASOK sont d’accord pour vouloir faire payer la facture de la crise économique du pays aux travailleurs grecs.

On a assisté ces derniers mois, au développement rapide d’un nouveau mouvement, les « citoyens indignés ». Les « indignés » se sont mis à la tête de mobilisations de masse devant le parlement, où proliféraient les drapeaux grecs, où l’on chantait l’hymne national grec et où l’on donnait libre cours à l’anti-américanisme et aux préjugés anti-allemands. Les manifestants agitaient des drapeaux européens avec une croix gammée au milieu – une manière de tirer un trait d’égalité entre « allemand » et « nazi » et d’invoquer le spectre de la Deuxième Guerre mondiale, quand la Grèce était occupée par l’impérialisme allemand (avant de subir les exactions de l’armée britannique).

En Espagne, le mouvement des indignés est né en réaction aux mesures d’austérité imposées par le gouvernement social-démocrate du Parti socialiste espagnol avant sa cuisante défaite lors des dernières élections. En Grèce, les indignés petits-bourgeois ont vu le jour dans un contexte où la bureaucratie syndicale se montrait totalement incapable de donner quelque perspective que ce soit aux luttes des masses ouvrières. Les deux principales fédérations syndicales, la GSEE et l’ADEDY, représentant respectivement le secteur privé et le secteur public, sont contrôlées par le même PASOK qui impose les mesures d’austérité. Malgré l’adjectif « socialiste » de son nom et le fait que la gauche opportuniste le considère comme tel, le PASOK est un parti capitaliste.

De larges couches des classes moyennes qui pourraient se rassembler derrière un prolétariat insurgé luttant pour le pouvoir sont au contraire mobilisées par des mouvements profondément chauvins, anti-immigrés et anti-ouvriers. Affichant ouvertement leur hostilité envers les organisations de la classe ouvrière et de la gauche, les indignés se présentent comme un mouvement « pro-démocratie » de toutes les classes. Comme en Espagne, tous les partis politiques de gauche et les syndicats, ainsi que les banderoles et drapeaux rouges, ont initialement été interdits dans les manifestations en Grèce. Et il n’est pas surprenant qu’avec tout le zèle nationaliste déployé par les indignés, des groupuscules fascistes comme « Aurore dorée » aient pointé leur nez dans les manifestations.

Il y a une montée inquiétante des attaques racistes, et les immigrés qui vivent dans une misère effroyable sont le bouc émissaire de la catastrophe économique. Au début de cette année, des nervis fascistes ont agressé un quartier d’Athènes à forte population immigrée, tuant une personne et en blessant plusieurs. Fin 2010, Aurore dorée a obtenu 5 % des voix aux élections municipales à Athènes. D’après l’Institute of Race Relations de Londres, un militant d’Aurore dorée, Nikos Michaloliakos, accompagné de huit gardes du corps apparemment armés, a fait le salut nazi lors d’une réunion du conseil municipal d’Athènes en janvier dernier.

Les fascistes se sentent encouragés par la politique raciste du gouvernement. La frontière de la Grèce avec la Turquie est une des lignes de front de la « forteresse Europe », avec des patrouilles de l’UE dont le rôle est de refouler les immigrés. Le gouvernement grec a annoncé son intention d’installer le long de la frontière des clôtures de barbelés équipées de sonars et de détecteurs de chaleur. Le mouvement ouvrier doit lutter pour les pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés et pour syndiquer tous les ouvriers étrangers. Mobilisations ouvrières/immigrées pour stopper les provocations fascistes ! Il faut des milices ouvrières d’autodéfense multiethniques pour protéger les quartiers immigrés !

Le Parti communiste, visage de gauche du nationalisme grec

Le KKE stalinien adopte une posture militante d’opposition au gouvernement PASOK et présente son organisation syndicale PAME comme une alternative lutte de classe à ce qu’il appelle les syndicats « dirigés par les patrons et le gouvernement ». Mais les staliniens grecs ne représentent aucune alternative fondamentale aux trahisons des bureaucrates syndicaux de la GSEE et de l’ADEDY. Malgré un verbiage radical occasionnel, le KKE est hostile au programme de la révolution ouvrière pour renverser le capitalisme grec.

La faillite politique du KKE est évidente à l’égard des indignés. Dans un article de Rizospastis [Radical] du 5 juin, le KKE remarquait à juste titre que « les dirigeants “anonymes” du “mouvement des places”, les citoyens “non partisans”, “spontanés”, “non politisés”, semblent être politisés quand ils se déclarent “anti-gauche”. » L’article rajoute qu’avec leurs mots d’ordre « dehors la gauche », « les partis, dehors » et « les syndicats, dehors », les indignés ne sont « pas si démocratiques que cela, ou, pour être plus précis, ils sont antidémocratiques ». Mais ce que le KKE ne peut pas critiquer, c’est le nationalisme virulent des indignés qu’il partage avec eux.

En effet, le KKE a fait de la défense de « la souveraineté nationale » une de ses spécialités, et il est particulièrement virulent quand il s’agit de défendre le nationalisme grec vis-à-vis de la Turquie, l’ennemi traditionnel de sa « propre » bourgeoisie. Par exemple, l’an dernier, Aleka Papariga, la secrétaire générale du KKE, s’est plainte dans un discours que l’UE ne prenait pas en compte « nos droits à la souveraineté nationale » quand il s’agit d’étudier la candidature de la Turquie. Elle a ensuite dénoncé Papandréou pour avoir « tenté de se débarrasser du problème en divisant les îles de la mer Egée, ce qui aura un effet néfaste sur leur défense ». Le nationalisme est au sein du mouvement ouvrier le principal obstacle à la construction d’un parti ouvrier authentiquement révolutionnaire en Grèce.

Le KKE conserve la réputation d’un parti de militants qui se battent contre le capitalisme sur la base de la Résistance contre l’occupation nazie et de la guerre civile qui a fait rage ensuite de 1946 à 1949. Rien n’est plus faux. Après la Deuxième Guerre mondiale, le KKE, qui cherchait à appliquer son programme de collaboration de classes avec la bourgeoisie grecque, lui a rendu le pouvoir. La classe ouvrière, soutenue par la paysannerie, était la force décisive dans la résistance antinazie ; elle mena grèves et manifestations de masse dès la fin 1942 et jusqu’au retrait de l’armée allemande en 1944. Le pouvoir était à portée de la classe ouvrière, qui avait les armes à la main. Mais ses dirigeants, les traîtres du KKE, ont en fait applaudi l’arrivée de l’armée britannique en Grèce, et ont ainsi permis aux impérialistes de stabiliser la situation, de remettre en place la monarchie détestée et de massacrer les ouvriers.

Les staliniens grecs ont respecté les termes des accords secrets de Téhéran, aux termes desquels Staline garantissait aux impérialistes le « droit » de préserver le régime capitaliste en Europe de l’Ouest et en Grèce. Désarmant politiquement le prolétariat, les staliniens allèrent jusqu’à participer à un gouvernement « national » de la bourgeoisie. En février 1945, ils signèrent les accords de Varkiza, qui désarmaient physiquement les forces de la résistance dirigées par le KKE au moment où l’armée britannique et la Garde nationale grecque s’apprêtaient à déclencher une vague de terreur contre les masses. C’est seulement en février 1946 que le KKE abandonna sa politique suicidaire et reprit la « lutte armée ». En octobre 1949, après une répression féroce, la guerre civile prit fin. Les militants du KKE avaient combattu avec héroïsme. Mais il va sans dire que le KKE n’a tiré aucune leçon des conséquences tragiques de sa trahison et qu’il continue d’appliquer son programme banqueroutier de subordination à la bourgeoisie grecque.

Ce que les trotskystes écrivaient à la fin de la Deuxième Guerre mondiale reste vrai quant au rôle des staliniens pendant la guerre civile :

« Les masses grecques débordaient de détermination révolutionnaire et voulaient préparer le renversement de tous leurs oppresseurs – nazis et grecs. Au lieu de doter le mouvement de masse d’un programme révolutionnaire semblable au programme bolchévique de 1917 et préparer les masses à la prise du pouvoir, les staliniens menèrent le mouvement dans l’impasse du front-populisme. Les staliniens, qui jouissaient d’une quasi-hégémonie sur le mouvement de masse, se joignirent à un ramassis de politiciens, d’avocats et de professeurs petits-bourgeois qui n’avaient aucune base parmi les masses ni d’influence sur elles et s’efforcèrent artificiellement de fixer comme limite à la lutte le combat pour la démocratie capitaliste. »

– « La guerre civile en Grèce », Fourth International, février 1945

Les réformistes sociaux-démocrates grecs – comme le Parti ouvrier socialiste (SEK), affilié au SWP britannique [dont les militants en France, ex-Socialisme par en bas, sont enfouis dans le Nouveau parti anticapitaliste (NPA)] et Xekinima, affilié au CIO (Comité pour une internationale ouvrière) [dont les militants en France de la Gauche révolutionnaire sont regroupés autour du journal l’Egalité, eux aussi dans le NPA] – se situent à droite du KKE avec leur soutien enthousiaste aux indignés anti-ouvriers et anticommunistes. Par exemple, Xekinima appelle à « étendre le mouvement à tous les lieux de travail, les quartiers ouvriers et la jeunesse » (socialistworld.net, 27 juin). La notion de démocratie (comme si elle n’avait pas un caractère de classe) dont ces groupes font la promotion est depuis longtemps un mot de code anticommuniste qui signifie en fait le soutien à l’ordre bourgeois. Ainsi, tant le SEK que Xekinima ont soutenu la restauration capitaliste dans l’ex-Union soviétique en 1991-1992, et applaudi les forces contre-révolutionnaires comme Solidarność en Pologne et les « démocrates » russes de Boris Eltsine.

Pour la révolution ouvrière !

Le Groupe trotskyste de Grèce (TOE) lutte pour forger un parti léniniste-trotskyste capable de prendre la direction de la classe ouvrière pour la conduire au pouvoir. Cela signifie principalement faire rompre les ouvriers avec le nationalisme et les gagner à une perspective internationaliste révolutionnaire. Pendant la première phase de la crise actuelle, le TOE a publié un tract (28 avril 2010) qui s’opposait au nationalisme grec omniprésent qui « empoisonne la conscience de classe ». Toute lutte efficace contre les attaques des patrons doit prendre comme point de départ que les travailleurs n’ont pas de patrie tant qu’ils ne se seront pas emparés du pouvoir là où ils se trouvent. Nos camarades insistaient : « Ce qu’il faut, c’est la solidarité ouvrière internationale contre le capital, dans toute l’Union européenne » (voir « A bas le “programme de stabilité” du gouvernement PASOK ! », le Bolchévik n° 192, juin 2010).

La crise financière grecque a exacerbé les antagonismes nationaux en Europe, comme l’ont révélé les prises de bec diplomatiques entre la France et l’Allemagne. La chancelière allemande Angela Merkel, impopulaire au plan national et dont la majorité au Bundestag (parlement) se réduit à vue d’œil, s’est heurtée avec des responsables français et de la BCE sur la question de savoir si les banquiers doivent accepter quelques pertes. Sous la pression du FMI, Merkel a accepté un nouveau plan de sauvetage, et les banques françaises ont proposé d’étaler le remboursement de la dette grecque sur 30 ans. Quelles que soient les divisions qui peuvent exister au sein des milieux bourgeois en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne et plus généralement en Europe quant aux moyens de traiter la situation financière catastrophique de la Grèce, chaque gouvernement est déterminé à faire payer aux travailleurs la crise provoquée par le système capitaliste lui-même.

L’UE est un bloc commercial impérialiste basé sur un pacte entre les bourgeoisies allemande et française pour accroître l’exploitation de leur classe ouvrière respective et pour favoriser leurs intérêts contre leurs rivaux impérialistes ainsi que contre les Etats européens plus petits. En même temps, l’UE est une construction fragile qui aggrave les antagonismes nationaux et alimente le chauvinisme.

En tant que marxistes, nous sommes implacablement opposés à l’UE du point de vue de l’internationalisme prolétarien. Les camarades de notre section allemande, le Parti ouvrier spartakiste d’Allemagne (SpAD), ont publié l’année dernière un article intitulé « Solidarité avec les travailleurs grecs ! Pour la lutte de classe contre les capitalistes allemands ! » (voir le Bolchévik n° 193, septembre 2010) qui faisait remarquer :

« La campagne chauvine contre la Grèce est menée pour empêcher la classe ouvrière allemande d’avoir l’idée d’imputer la responsabilité de la crise au système capitaliste et à son propre gouvernement. Le mouvement ouvrier allemand doit se mobiliser en solidarité avec les travailleurs grecs et avec toutes les autres victimes des impérialistes de l’UE – après tout, ils vont être confrontés dans un avenir proche à des attaques similaires. La chasse aux sorcières contre la Grèce vise aussi à diviser et à affaiblir une classe ouvrière allemande multiethnique. »

Aujourd’hui, malgré le fait que la classe ouvrière grecque se fait implacablement saigner, le pays reste enlisé dans une profonde récession. Les capitalistes en faillite ne veulent manifestement jeter aucune miette pour calmer la colère des ouvriers. Tant qu’il ne s’agira pas d’une lutte pour le pouvoir prolétarien, les luttes ouvrières continueront d’aboutir à une impasse. Les travailleurs grecs doivent s’orienter vers une lutte de classe commune avec leurs frères et sœurs de classe – de la Turquie à l’Allemagne et au reste du monde.

Comme l’écrivait le TOE dans son tract : « Ce qu’il faut, c’est une révolution socialiste pour renverser l’Etat capitaliste et le remplacer par un Etat ouvrier qui jettera les bases de la construction d’une société socialiste. Pour cela, il faut construire un parti ouvrier révolutionnaire – un parti comme celui des bolchéviks de Lénine et Trotsky, qui luttera pour un gouvernement ouvrier. Le TOE, section sympathisante de la LCI, cherche à construire ce parti » [souligné par nous].

Traduit de Workers Vanguard n° 983, 8 juillet

 

Le Bolchévik nº 197

Le Bolchévik nº 197

Septembre 2011

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